Starsky & Hutch dans l’évier infernal…

Par Denis Dargent

« Des nouveaux chevaliers au grand cœur, mais qui n’ont jamais peur de rien… » D’entrée de jeu, flinguons cet insipide générique français accolé de force à notre série US préférée dès 1982, véritable scie débilitante signée Haim Saban, producteur spécialisé dans les « adaptations » de génériques américains : Dallas, L’agence tous risques, L’homme qui tombe à pic… Ce genre.


[Initialement paru dans le magazine Agir par la culture N°30 (ETE 2012)]


On était loin, bien loin des versions instrumentales originales confiées à l’immense Lalo Schifrin (Bullitt, Mannix, Inspecteur Harry, Mission : Impossible…), puis à Tom Scott et Mark Snow.

Flinguons aussi, tant qu’on y est, les voix VF de Jacques Balutin et Francis Lax, dont l’humour franchouillard avait surtout pour objectif de renforcer les aspects comiques des dialogues originaux, au détriment d’échanges verbaux quelquefois plus… dérangeants.

Vous me direz : pourquoi tant d’ardeur sur la gâchette ?

Eh bien en ces temps de nouvel âge d’or des séries TV, il nous a semblé important de réhabiliter LA grande série des années 70, Starsky & Hutch, et ses 89 épisodes produits entre 1975 et 1979. Car la sympathie dont bénéficient nos deux comparses est trop souvent le fait d’amateurs peu scrupuleux et potaches, se plaisant à moquer leur look seventies (alors qu’il s’agit de l’étalon du vintage cool actuellement) ou la Ford Gran Torino rouge tomate aux deux lignes (de coke ?) latérales… Starsky & Hutch ne suscitent bien souvent que rires déplacés et, de la part des gens sans réelle imagination, qu’un emploi immodéré du terme le plus stéréotypé qui soit : kitsch.

Non, mille fois non ! Starsky & Hutch méritent mieux que cette condescendance de philistin. Nous sommes en effet en présence d’une des rares séries de cette époque qui oscille aussi subtilement entre esprit goguenard et pessimisme exacerbé. Seuls les Envahisseurs, dix ans plus tôt, allèrent aussi loin dans le nihilisme social.

À y regarder de plus près que voyons-nous : deux flics sympas mais bien armés qui arpentent jour et nuit les quartiers les plus sordides de Los Angeles, un microcosme sans aucune sophistication, peuplé de clodos et de tenanciers de bars louches, de petites frappes cocaïnées et de truands aux manières douteuses. Tout dans Starsky & Hutch annonce ce monde dual où, dans les zones de non-droit, des insectes humains survivent coûte que coûte.

Comme le dit Starsky lui-même dès l’épisode pilote : « On n’est pas en enfer, on est dans un évier… Ce qu’on fait, là où on le fait. On est comme des cafards, on essaye d’en sortir, chaque fois qu’on arrive au bord, ils ouvrent la flotte. »

Évidemment, comme dirait ma femme, toutes ces considérations de puristes finalement très masculines on s’en tape un peu ! Parce que dans leur jeans particulièrement moulants, et avec leur façon si particulière de tenir leurs flingues (annonçant Tarantino), Starsky & Hutch étaient aussi deux mecs hyper sexy ! C’est aussi pour ça qu’on les aime, non ?

L’argument tient la route…


Photo : Nathalie Caccialupi



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