Mondo kitsch !

Par Denis Dargent

Apparu quelque part dans la Confédération germanique vers 1860, le mot kitschen désigne des objets fabriqués de manière bâclée, peu soignée, les meubles en particulier. L’expression, d’où découle le mot kitsch, s’applique plus généralement à la camelote revendue en sous-main, prétendument authentique mais résolument toc. Autrement dit – et c’est là que ça devient intéressant –, faire du neuf avec du vieux. Et inversement.

Avec le temps, kitsch est devenu surtout synonyme de mauvais goût, d’excès et d’outrance dans la représentation. Une acception commune qui ne répond évidemment pas aux deux questions essentielles : qui détermine le bon goût ? Où commence l’outrance ?
Demandez à l’Internationale du sectarisme ce qu’elle en pense…

Ce petit préambule lexical permettra aux lecteurs attentifs de mieux comprendre pourquoi, lorsqu’on a défendu tour à tour le charme désuet de l’art commercial, la valeur intemporelle des souvenirs de vacances, le mystère pénétrant des poupées russes, l’inventivité de la littérature de gare et le combat social-visionnaire de Starsky & Hutch, on se fait inévitablement traiter de kitsch par le premier citoyen ordinaire venu. C’est ainsi, on n’y peut rien. Les hommes modernes aiment à englober au moyen d’expressions toutes faites les phénomènes qui leurs échappent.

Nous, pourtant, dans notre extrême naïveté, nous pensions simplement mettre en valeur les mille et une formes de l’art modeste, un concept bien plus parlant, derrière lequel on retrouve surtout l’Humain, quelle que soit son origine, qui toujours avec passion et humilité façonne des objets, créent des images et des sons qui, par leur poésie accidentelle, apaisent nos sens et nous entraînent pour un temps dans les zones de l’autonomie cérébrale. La solitude face à la mer de glace ou quelque chose dans le genre… Des trucs kitsch quoi !

Ce qu’ignorent en outre les nouveaux philistins, c’est que le kitsch n’est ni un courant ni une école, non, c’est une manière de ressentir les choses, une affaire de regard et d’alchimie.

Alors, aux contempteurs du kitsch, n’ayant que ce seul mot pour vocabulaire, je dirai ceci : c’est vous, esprits suffisants, qui êtes kitsch ! Kitsch comme votre société de consommation effrénée, kitsch comme vos automobiles informes, kitsch comme vos pensées standardisées, kitsch comme vos tenues d’été, kitsch comme vos tatouages « tribaux » réellement hideux, kitsch comme vos comptes Facebook pleins d’informations aussi inutiles que narcissiques, kitsch comme vos croyances religieuses ! Le monde entier n’est plus qu’une vaste kitscherie !

Voilà pourquoi, dans La possibilité d’une île (Fayard, 2005), Houellebecq écrit : « Au fond, c’est une question de degré (…) tout est kitsch si l’on veut. La musique dans son ensemble est kitsch ; l’art est kitsch, la littérature elle-même est kitsch. Toute émotion est kitsch, pratiquement par définition ; mais toute réflexion aussi, et même dans un sens toute action. La seule chose qui ne soit absolument pas kitsch, c’est le néant. »


Photo : Nathalie Caccialupi


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