Popcorns

Ayan et le Ballon Blanc

Un film de Vida Dena
Kask, 2015

Après 5 ans passés en Europe, le Ballon blanc (Vida Dena) se pose à nouveau en Iran, son pays natal. Désireuse de réaliser un film sur son pays, elle se sent pourtant prise dans des vents contraires. « Pourquoi veux-tu montrer aux étrangers qu’on donne des pots-de-vin ? ». Le Ballon blanc ferrait-il fausse route ? Surprise, elle se rend compte que ses amis ne soutiennent et ne veulent pas participer à son projet. Ayan, la plus réticente, lui reproche son exil et sa vision très stéréotypée d’un pays qui l’a vu grandir. Ayan et le Ballon blanc devient alors bien plus qu’un documentaire, il est le dépositaire des joies mais aussi des désillusions accumulées. Le ballon, perdu ou retrouvé à la lisière de deux pays, tel Les Désorientés d’Amin Maalouf, se console de son passé mais c’est de la disparition de l’avenir dont il ne se remet pas. « Mais pourquoi ai-je fait un truc pareil ? ». Vida Dena est une jeune artiste iranienne pleine de talent et son documentaire est à l’image ou plus exactement l’identité de sa réalisatrice. Ce qui fait qu’elle est elle, et pas une autre, une femme passionnante !

Matilda Delier

A peine j’ouvre les yeux

Un film de Leyla Bouzid
2016

 

L’histoire de ce film se déroule à Tunis durant l’été 2010, soit quelques mois avant la révolution. Farah (Baya Medfahar) une jeune fille pétillante, rebelle qui n’a pas froid aux yeux vient de décrocher son baccalauréat mention très bien. Sa mère (Ghalia Benali) rêve de la voir entamer des études de médecine. Seulement voilà, Farah ne l’entend pas de cette façon, elle décide de chanter dans un groupe de rock engagé, dont les textes sont bien loin de faire l’éloge des dirigeants de ce pays. Se produire dans des bars remplis d’hommes en chantant des paroles audacieuses n’est pas au goût de tout le monde dans un Etat policier comme la Tunisie de Ben Ali. Farah est pourtant insouciante, fraîche, belle et emportée par sa passion, sa rage, sa désinvolture jusqu’au jour où elle ne reparaît pas chez sa mère qui pressent le pire. La police est passée par là… la suite à l’écran. La tunisienne Leyla Bouzid est la fille du réalisateur Nouri Bouzid. Elle avait collaboré avec Abdellatif Kechiche sur La Vie d’Adèle. Pour son premier long métrage, elle a réussi un film politique et musical osé racontant le parcours initiatique d’une adolescente dans le monde arabe, tout en dépeignant l’atmosphère étouffante de l’ère Ben Ali. Ne le ratez surtout pas !

Sabine Beaucamp

Le souffle

Un film d’Alexandre Kott
ZED, 2015

Un homme et sa fille vivent paisiblement dans une ferme isolée des steppes kazakhes. La complicité, la rudesse de la vie entre un père et sa fille, la solitude nous saisissent dans des plans composés d'une rare beauté qui conjuguent le grand cinéma russe et l'art photographique. Le film du cinéaste russe Alexander Kott montre le décalage de leur vie avec l’humanité où seuls deux garçons, un Moscovite et un Kazakh, apparaissent dans des scènes magnifiques pour se disputer le cœur de la jeune fille. Le film est quasi muet et poétique. On n’y entend que le souffle du vent.  Cependant on devine une menace sourde qui se fait sentir dans ce film comme si ce souffle nous préparait à une tempête imminente, pesante et destructrice. Et c’est bien le cas, car ce souffle, c’est aussi celui des explosions nucléaires qui menacent au loin dans la steppe. Alexander Kott va au bout de son projet esthétique, il nous fait vivre le souffle atomique d'un essai nucléaire. Un de ceux que le gouvernement soviétique a menés entre 1949 et 1989 dans le « polygone » de Semipalatinsk en utilisant les populations kazakhes à des fins expérimentales. Au travers de la beauté et les grandes étendues des paysages, le galop du cheval, le départ d’un avion sans ailes, la vie qui s’écoule pareille, répétitive de jour en jour. Au travers de la plénitude qui s’y dégage, de ce vent qui vous caresse comme il peut vous fouetter se déroule un film russe sans parole sur fond d’essais nucléaires. Mais la parole n’est finalement aucunement nécessaire. Une vraie réussite à couper le souffle !

Sabine Beaucamp

Les Inouïs.2

Cie Théâtre d’un jour (T1J)
2016

Les Inouïs, c’est une pièce qui parle de ceux qu’on n’entend pas. De ceux qui traversent des frontières, au péril de leur vie, en quête d’une vie meilleure. On les appelle les migrants, ils cherchent refuge pourtant, et en Europe, ce n’est pas exactement d’accueil qu’il s’agit, mais de mise en camp, de violence et d’un manque patent de dignité. Mêlant diverses esthétiques, qui appellent à la marionnette comme aux projections vidéo, ce spectacle d’une demi-heure sillonne, dans un camion, les routes de Bruxelles et de Wallonie, en quête d’humanité. Car c’est bien de l’humanité que nous retrouvons dans cette rencontre théâtrale, où l’on peut partager quelques moments du parcours des réfugiés. Un spectacle juste, bien que chargé d’émotions. Et comme il ne s’agit pas d’émouvoir uniquement pour vous arracher une larme, PAC anime, à la suite de ce spectacle une rencontre, laissant la place à chacun d’exprimer ses émotions et de partager ses peurs, ses envies, ses propositions pour la construction d’un monde meilleur. Du 13 au  16 juin à Charleroi, aux fêtes des Solidarités à Namur en août, en septembre à Verviers, Huy et Dinant-Philippeville. Toutes les informations auprès des Régionales PAC concernées.

Anne-Lise Cydzik

Un silence religieux

La gauche face au djihadisme
Jean Birnbaum

Seuil, 2016

Parmi ce déferlement d’opinions qui ont suivi les tragiques attentats qui ont ensanglanté Bruxelles, Paris, Cophenhague, Istanbul, Bamako ou Tunis pour tenter d’expliciter cette barbarie, j’ai été passionné par l’essai de Jean Birnbaum Un silence religieux, La gauche face au djihadisme. L’auteur réalise une véritable plongée sous les différents angles que révèle l’intégrisme religieux. En identifiant une difficulté centrale, celle pour la gauche d’affronter la violence exercée au nom de Dieu. Jean Birnbaum remet en perspective le conflit qui traverse le cœur même des interprétations du Coran, entre une conception symbolique qui ouvre à la tolérance et au dialogue, et une conception rigide qui conçoit les textes comme des décrets divins à respecter à la lettre. La thèse centrale du livre refuse la séparation étanche entre islam et islamisme. Même s’il est impérieux de distinguer soigneusement les registres pour éviter des amalgames, des contrevérités et des comportements racistes, il n’en reste pas moins qu’il faille penser l’expansion de la radicalité religieuse en regard d’une problématique théologique et non exclusivement sociologique, psychologique ou géopolitique. Bien évidemment toutes ces facettes conduisent à produire le délire dogmatique du califat et de ses jeunes comme ensorcelés par leur mission divine. Bien plus qu’un commentaire de circonstance sur des faits tragiques de l’actualité, l’essai de Jean Birnbaum entend comprendre les processus en profondeur et au long terme qui articulent la pensée politique et la croyance en une théologie. A cet égard, le chapitre sur les analyses de Karl Marx et de Ludwig Feuerbach à propos de « l’opium du peuple » est lumineux d’intelligence et de pédagogie. L’histoire de la guerre d’Algérie et de la révolution iranienne, les propos sur les liens entre l’extrême-gauche et l’islam ou les conclusions sur la nécessité de renouer avec la pensée critique, toutes les analyses de cet essai pénétrant mettent en lumière les ressorts de l’aveuglement de la gauche face au surgissement des promesses religieuses.

Jean Cornil

Podemos

Sûr que nous pouvons !
Carolina Bescansa, Iñigo Errejon, Pablo Iglesias, Juan Carlos Monedero
Indigènes éditions, 2015

 

Le foisonnement actuel des expériences collectives et des initiatives citoyennes traduit bien l’énergie et le tonus salvateur d’une société civile dynamique et créative. Il me paraît que l’erreur serait de tout miser sur l’expérimentation civique au cœur de la sphère privée, en refusant l’arbitrage du politique. S’indigner n’est pas exercer le pouvoir. Dialoguer toute une nuit debout, aussi inventif cela soit-il pour revitaliser la démocratie, n’en nécessite pas moins un débouché politique. De l’Espagne à certaines nations de l’Amérique latine, les « sorties politiques » des mouvements sociaux ont démontré toute leur pertinence pour construire une alternative crédible. C’est ce propos que les membres du parti espagnol Podemos défendent dans ce livre –disponible en ligne gratuitement – qui revient sur la mise en place de leur mouvement, leurs stratégies et les raisons de leur succès.

Jean Cornil

Le bel avenir de l’Etat Providence

Eloi Laurent
Les liens qui libèrent, 2015

 

L’économiste Eloi Laurent nous offre des rappels salutaires face à la dévalorisation répétée de l’Etat et sur le déclinisme social ambiant : l’Etat Providence, issu des luttes du mouvement ouvrier, assure un bien-être à une majorité de citoyens, « il n’a jamais provoqué la moindre crise économique », « il favorise la prise de risques, développe les capacités humaines et maintient la cohésion sociale ». Evidences et banalités utiles aux mémoires de ceux qui professent une suspicion inaltérable à l’égard du « bureaucrate ». Il est aujourd’hui devenu presque intempestif de dresser l’éloge de la fonction publique, imparfaite comme toute construction humaine, mais d’une nécessité qui ne rivalise qu’à la hauteur de l’aveuglement de certains. Face aux insécurités sociales et écologiques, et à rebours de la vulgate néolibérale, seule l’autorité publique, du niveau municipal aux enceintes des Nations Unies, est en capacité de réguler les basculements du monde. Il faut, me semble-t-il, de toute urgence réhabiliter le rôle central de l’Etat. Cela ne signifie en rien une glorification idéologique ou une soumission de sujets tétanisés par un pouvoir fort. La logique des totalitarismes, au siècle dernier, a conduit des grandes civilisations à un sort funeste. Cela n’exclut non plus en rien de corriger, d’aménager, de repenser le statut, les missions et les attributions des pouvoirs publics. Bien au contraire, la nouvelle scansion de l’Histoire nous y oblige radicalement.

Jean Cornil

Enjeux libertaires pour le XXIe siècle

Par un anarchiste néophyte
Philippe Corcuff
Les éditions du Monde libertaire, 2015

Suivre Philippe Corcuff dans les entrelacs de sa pensée discursive, au risque de s’y perdre… ou de croiser quelques lumineuses perspectives intellectuelles. Après un retour sur son passé militant (il fut tour à tour membre du Parti socialiste, du chevènementiste  Mouvement des citoyens, des Verts, de la LCR, de la NPA, avant une « insertion militante libertaire »…), Corcuff pose les balises d’une nouvelle politique émancipatrice pour le 21e siècle, un anarchisme qui se veut pragmatique, car soucieux des effets sur le réel, individuels ou collectifs ; une approche libertaire qui se « coltine les fragilités humaines. » Le livre est sinueux mais aussi, souvent, vertigineux, et pour le moins stimulant. Ne serait-ce que par ce télescopage permanent de la tradition (Marx, Proudhon, Foucault ou… Oscar Wilde !) et de la culture pop : roman noir américain, séries TV, rap au féminin ou chanson française. Démonstration par la culture populaire que le populaire ne s’appréhende pas de façon théorique. Comme l’écrit Corcuff : « Comment faire germer une pensée radicale à partir de (c’est lui qui souligne) la vie quotidienne, et non pas assommer les vécus ordinaires par des abstractions politiques venant d’en haut ? » Tendre, comme il le répète, vers la forme pronominale du verbe « émanciper » (s’émanciper) et s’éloigner de sa forme transitive (émanciper). Autrement dit, promouvoir l’auto-émancipation et non pas l’émancipation venue d’ « en haut », d’une soi-disant élite. Dans ce livre-dédale, l’auteur entend dépasser le vieux clivage réformisme/révolution, il préfère « frotter les silex » plutôt que d’opposer les dogmes, il tente l’équilibre des contraires pour bousculer, au sein de la galaxie progressiste, les « arrogances concurrentes sur la base des échecs cuisants respectifs. » C’est en cela que Corcuff excelle à mettre notre pensée en mouvement. D’où la nécessité d’une nouvelle boussole à construire et dont ce livre nous fournit de précieux éléments.

Denis Dargent

La participation en actes

Entreprise, ville, association
Julien Charles
Desclée de Brouwer, 2016

Ce livre analytique a été écrit par Julien Charles, Docteur en sciences sociales (EHESS et UCL), mais aussi chargé de recherche et de formation au CESEP (Centre socialiste d’éducation permanente).  Il conçoit la participation comme étant  au cœur d’un projet de renouvellement de nos façons de vivre ensemble. Il passe en revue quelques pistes, quelques astuces, enseignements dont il faut tenir compte pour se projeter au mieux au cœur de la participation. Il faut aussi en déjouer « les pièges », analyser les promesses non réalisées. Promue par certains comme remède à tous les maux, elle est simultanément perçue par d’autres comme un espace de manipulation. Aujourd’hui, l’idée de participation indique généralement une ouverture heureuse aux voix et à l’écoute de chacun. On tend vers le mythe d’une participation sans condition. Pourtant les conditions de la participation sont à la fois des éléments constitutifs essentiels à remplir pour que la participation se réalise bien et des contraintes s’imposant comme des exigences auxquelles il faut se conformer pour participer. Pour le dire autrement, « prendre part » ne revient pas à faire n’importe quoi en public. Cependant, différentes façons de participer sont envisageables. Le terme participation indique l’action de prendre part activement à quelque chose. Littéralement, la participation requiert une prise, une action, un engagement individuel. La participation est toujours une implication dans une coordination avec d’autres que soi. Le livre aborde aussi les déceptions et les amertumes de promesses non tenues de la participation. Bref, le mot participation indique une attente de contribution potentielle aux choses du commun. Ce livre nous montre concrètement comment recevoir nos publics lors de la participation.

Sabine Beaucamp

Chantier interdit au public

Claire Braud
Casterman, 2016 / Coll. Sociorama

On sait que la BD devient de plus en plus un medium de reportage dont La Revue dessinée, très bon magazine de BD journalisme, marque un peu l’avènement. Mais mieux, la BD peut s’avérer être l’outil idéal pour le documentaire et la diffusion d’enquêtes de terrain réalisées par des sociologues en ce qu’elle permet admirablement bien l’expression de récits de vie dont l’anecdotique révèle l’universel. La multitude des styles graphiques, nés depuis 15 ou 20 ans dans la BD indépendante, permettent, eux, de traiter de nombreuses problématiques sociales. Casterman l’a bien compris avec leur nouvelle collection intitulé « Sociorama » qui vise à marier socio et BD. Chaque livre conjugue en effet recherche menée par des sociologues - membres de l’association « Socio en cases » -  et leur adaptation graphique par des auteurs de BD indépendante. L’idée est que ces derniers développent un récit fictionnel plaisant à lire tout en étant ancré dans des réalités sociales. Cela donne comme première publication Chantier interdit au public qui raconte le quotidien, la pénibilité et le danger que rencontrent les travailleurs du bâtiment, emplois ultra-précaires s’il en est. Claire Braud, la dessinatrice qui avait publié à L’Association Alma et Mambo met en image les dures conditions de travail, la racialisation des rapports entre travailleurs et une précarité dont on se rend vite bien compte qu’elle est tout à fait organisée. Cette BD fait bien sentir les choses et donne envie de lire l’enquête éponyme de Nicolas Jounin sur laquelle le récit est basé. Un mariage réussi donc, qui s’incarne également dans d’autres publications de cette collection comme La fabrique pornographique sur le travail dans le monde du film porno qui offre un récit dégagé de tout jugement s’attachant  à « éclairer les logiques capitalistes de la commercialisation du sexe et de la production des différences de genre ». Mais aussi Turbulences qui permet d’aborder les conditions de travail du personnel aérien. A suivre…

Aurélien Berthier

Reboussolons-nous !

Réenchanter l’éducation populaire

PAC, 2016

Le numéro 48 des Cahiers de l’éducation permanente s’intitule « Reboussolons-nous », cette nouvelle étude se fonde en particulier sur des théories philosophiques et des sciences sociales comme sur des expérimentations collectives et des projets alternatifs concrets, décrypter les basculements du monde contemporain afin de « se reboussoler » en revitalisant nos visions et nos aspirations pour le futur. L’auteur Jean Cornil, aborde les métamorphoses du présent, en termes, par exemple, de dégradation des écosystèmes, de démographie, de nouvelles technologies, d’extension du capitalisme ou d’accroissement des inégalités, elles nous obligent à changer nos lunettes pour analyser le réel et à réinventer nos valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité dans des perspectives novatrices. Au menu de cette étude : quelques enseignements du passé, quelques défis du présent et quelques promesses pour l’avenir. Ces pages s’appuient, dans une perspective d’éducation permanente, sur de nombreux auteurs dont la lecture des ouvrages permettra d’approfondir un thème ou un angle d’approche selon les intérêts ou la sensibilité de chacun.

A commander à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou au 02/545 79 18 (Prix de vente : 5 €)

Sabine Beaucamp

Musulmans au quotidien

Une enquête européenne sur les controverses autour de l’islam
Nilüfer Göle

La Découverte, 2015

Ce livre de la sociologue franco-turque Nilüfer Göle (Chercheuse à l’EHESS de Paris) c’est  un peu le remède anti-Zemmour par excellence. D’abord car il est scientifique, basé sur une enquête collective de terrain, menée de 2009 à 2013 dans 21 villes européennes. Ensuite parce qu’il est intelligent, qu’il ouvre des perspectives au lieu de promouvoir des retours en arrière. Enfin, parce qu’il est inclusif et donne corps au tissage de l’Europe par ses citoyens, musulmans ou non, au lieu d’accabler des minorités. Accessible et didactique, le livre permet, à partir du vécu quotidien des musulmans d’Europe, de mettre sur la table toutes les problématiques, de débusquer les vrais faux-tabous médiatiquement rabattus tout en rendant patentes les véritables lignes de tension et surtout des conditions de leurs dépassements. L’auteure s’attache à un ensemble de controverses autour de l’islam qui émaillent le discours public européen actuel à l’instar de la viande halal, du voile, des prières en public, de la construction des minarets, de l’invocation de la charia etc. Ces sujets sont mis en discussion dans des groupes réunissant non-musulmans et musulmans « ordinaires », ceux qui sont issus des classes moyennes, habituellement peu entendus, et dont on s’aperçoit qu’il sont très soucieux de conjuguer leur pratiques religieuses et leur appartenance à l’Europe, les prescriptions islamiques et les normes sociales des sociétés laïques. Européaniser la question permet d’enlever les focales nationales et de repérer les tendances de fond pour enfin voir les musulmans comme une composante de l’Europe et non plus comme une minorité gênante. Dans un contexte post-attentats islamistes, où seul « l’échec de l’intégration » semble avoir droit de cité, il est très vivifiant et rassérénant de donner voix à cette culture euromusulmane en construction. Preuve, contre le « clash des civilisations » supposé, d’un processus d’intégration postmigratoire très sophistiqué en cours.

Aurélien Berthier

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