Pour une (re)distribution des invendus alimentaires

 

Par Aurélien Berthier et Anne-Lise Cydzik

La crise économique européenne, les mesures d’austérité imposées en Belgique fragilisent de plus en plus de citoyens, plongent certains dans la pauvreté. Certaines personnes éprouvent même des difficultés à se nourrir. Dans le même temps, les grandes surfaces jettent leurs invendus alimentaires non périmés.


[Initialement paru dans le magazine Agir par la culture N°32 (HIVER 2012-2013)] 


LE GASPILLAGE ORGANISÉ EN SYSTÈME

Le gaspillage alimentaire se passe à plusieurs niveaux. Au niveau individuel tout d’abord, quand les consommateurs achètent trop, ne planifient pas leur repas, n’accommodent pas leurs restes ou appliquent de manière trop draconienne les dates limites de consommation... C’est la forme de gaspillage la plus visible, qui en cache d’autres, plus organisées.

Le gaspillage alimentaire s’intègre en effet dans un système de production. Une agriculture industrialisée, où de nombreux intermédiaires interviennent, laisse la part belle au gaspillage. Les choix politiques, liés à ce système jouent également leur rôle.

Au niveau commercial, d’autres éléments interviennent aussi : le calibrage et l’aspect visuel des fruits et légumes (avez-vous déjà vu un concombre tordu dans votre supermarché ? Une pomme tâchée ou minuscule comme certaines de vos vergers ?). Ce sont aussi les règlements d’une politique de sécurité alimentaire trop rigide, ainsi que des logiques commerciales qui accentuent le gaspillage : l’on retirera des aliments des rayons même s’ils ne sont pas périmés, car les clients ne vont plus les acheter ; un emballage altéré, un carton cogné, une pomme abîmée… autant de denrées alimentaires qui finiront dans les poubelles de nos supermarchés.

DÉCHETS OU PAS DÉCHETS ?

Une directive européenne (2008/98/CE) impose un ordre prioritaire dans le traitement des déchets : il s’agit d’abord de ne pas créer le déchet, c’est qui est appelé, dans ladite directive, la prévention. S’il est vraiment impossible de ne pas créer le déchet, il s’agira ensuite d’envisager prioritairement le réemploi, ensuite le recyclage, la valorisation énergétique, et enfin l’élimination.

Cette directive a été transposée en décret au niveau wallon (Le décret du 10 mai 2012 transposant la Directive 2008/98/CE…) et bruxellois, rendant obligatoire cet ordre de traitement sur les territoires en question.

HERSTAL, UN EXEMPLE POUR LA WALLONIE ET BRUXELLES

C’est au nom de cette directive que la commune d’Herstal et son bourgmestre Frédéric Daerden ont imposé aux supermarchés présents sur son territoire le don des invendus alimentaires aux associations membres de la fédération des Banques alimentaires. Plus précisément, le permis d’environnement d’une grande surface, arrivé à terme, la commune d’Herstal a conditionné le renouvellement de celui-ci à une clause concernant les invendus alimentaires.

Depuis lors, la commune a étendu la décision à toutes les grandes surfaces présentes sur le territoire. Concrètement, les supermarchés ont le choix de l’organisme membre de la banque alimentaire avec lequel il veut traiter, mais ne peut plus mettre à la poubelle des denrées encore consommables. Bien sûr, les règles sanitaires doivent être respectées, comme pour tout autre aliment, et Herstal assure un suivi de l’application de cette nouvelle règle communale.

La commune d’Herstal a donc ingénieusement détourné une directive de type environnemental pour l’utiliser dans un but social, répondant à une question de justice sociale en ces temps de crise et de mesures d’austérité imposées : le don de denrées alimentaires consommables non périmées aux plus précarisés.


GENERALISER L’EXEMPLE, COMMENT ?

L’initiative de la commune d’Herstal n’est cependant pas encore obligatoire. Car si pour la plupart des citoyens, le lien paraîtra évident, rien n’est dit dans la directive/le décret régional sur le fait que les invendus alimentaires sont des déchets.

Le groupe PS du Parlement wallon a donc déposé une proposition de décret, visant à rendre obligatoire le don des invendus alimentaires.

En soutien à cette proposition, chaque bourgmestre peut dès aujourd’hui étendre le dispositif de la commune d’Herstal à sa commune. Dans le cadre de sa campagne « Invendu mais pas perdu ! », PAC interpelle en ce moment tous les Bourgmestres, Collèges et Conseils communaux wallons et bruxellois autour de cette démarche, tout en mettant à leur disposition, via un site internet, un petit manuel d’accompagnement à sa réalisation.

 

Invendu mais pas perdu ! Pour une (re)distribution des denrées alimentaires non périmées

En cette fin d’années 2012, PAC mène campagne sur la possibilité d’étendre l’initiative de la commune d’Herstal à toutes les communes de Wallonie et de Bruxelles.

Vous pouvez signer la pétition qui demande à votre commune d'appliquer le don des invendus alimentaires ici : www.caddyminimumgaranti.be



Illustration : Anne-Catetherine

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