IRENE BUGHIN

Irène est entre autres comédienne, danseuse, streetarteuse, et plus généralement « mascotte de Charleroi ». Née à Gosselies, elle a la soixantaine et a un peu habité Bruxelles, mais surtout Charleroi.
« Citoyenne professionnelle » et véritable frénétique de la vie culturelle carolo qu’elle pratique intensément et connait comme sa poche. Elle a tenu à nous faire partager dans son reportage « les endroits insolites, pas trop clean » qu’elle fréquente,
et les travaux qui assaillent la ville, « parce que c’est incontournable. Pour elle, prendre part à des projets socioculturels est une nécessité, un besoin vital pour remplir sa vie et celle des autres.
« Il y a un passé industriel assez lourd et beaucoup de pauvreté, mais il y a pas mal de trucs qui s’y passent. Ça tire les gens vers le haut. » De fait, elle ne rate presque aucun rendez-vous culturel, vernissage, concert ou ateliers.
Ce qui en a fait une sorte d’« icône pop » de la ville comme on l’a parfois baptisé. Elle témoigne en somme de l’esprit carolo du moment : fière de cette ville devenue hyperactive culturellement, mais soucieuse que le passé ne soit pas effacé.

J’ai commencé par le vitrail de la gare de Charleroi parce que j’aimais bien, ça met des couleurs. C’est l’arrivée en ville, c’est la première chose que je vois quand je viens à Charleroi.


C’est juste derrière la Gare, un ancien carwash où on a fait un projet, avec PAC d’ailleurs. Le petit terrain est aménagé, on a tout déblayé. On a bricolé des bacs en bois et des sculptures. On va y faire les « incredible edible », les incroyables comestibles.
C’est des sortes de jardins publics où les gens fabriquent les bacs, y font pousser des fruits et légumes que tout le monde peut ensuite ramasser et manger.


C’est le pont de Sambre. Quand je sors de la gare, je passe par ce pont.


C’est « bisou m’chou », écrit en grand sur le Palais des expositions, un souvenir du festival Asphalte. Je l’ai pris depuis le métro. Du ring on a aussi une très belle vue sur ça.
C’est un artiste américain qui devait faire tout autre chose sur le passé de Charleroi, une phrase un peu historique. Mais lors de sa résidence, en bistros et en sorties, il entendait toujours « bisou m’chou » et s’est dit que c’était vraiment ça qui caractérisait Charleroi.


C’est l’atrium de l’Université du Travail, la bibliothèque où il y a souvent des expos. J’y ai fait plusieurs ateliers. Il y a pas mal d’activités, c’est un beau lieu, en face du BPS, dans le haut de la ville.


Là, c’est le BPS22. Je vais souvent aux vernissages. J’ai fait plusieurs spectacles collectifs et ateliers ici. Et j’aime bien l’équipe. Je trouve que tout ce qui se passe à un niveau culturel à Charleroi, c’est ce qui sauve la ville.
Il y a un passé industriel assez lourd et beaucoup de pauvreté, mais il y a pas mal de trucs qui s’y passent. Ça tire les gens vers le haut. Moi, par exemple, j’ai commencé mes activités à Charleroi par une fête à l’Espace citoyen de Marchiennes.
De là, j’ai rencontré plein de gens et j’ai suivi leurs activités et j’ai croisé plein d’organismes, c’est comme ça que je connais tout ce qui se fait de socioculturel à Charleroi. Ça m’apporte énormément de richesses, d’épanouissement, je suis active et je vois plein de belles choses.


C’est le Rockerill. Une ancienne forge reconvertie en salle d’évènement, principalement concert et expos. J’y ai exposé d’ailleurs. La petite maison rouge, c’est la résidence d’artiste, j’y ai déjà dormi. Le DJ qui devait me ramener était un peu bourré et vers 2h du matin, plus de train !
Du coup, j’ai dormi là. C’était glacial ! Je connais tous les recoins du Rockerill. J’adore cet endroit, c’est ma maison.


C’est le Bar des Anges, un ancien bordel, « désacralisé » comme on dit à Charleroi ! [rires] La dame qui le tient, Véronique, m’a invité plusieurs fois, mais je n’osais jamais y entrer.
À l’époque du festival Couleurs carolo, on a fait une fresque place Recloux, au centre du quartier chaud. Pour l’inauguration, le Bar des Anges est devenu un rendez-vous culturel incontournable.
J’ai mis mon nounours sur le bar, c’est mon sac à dos et un doudou en même temps. Il me tient compagnie. Je le customise selon l’évènement. J’ai plein de peluches à la maison aussi.


C’est les travaux, dans le bas de la ville. Ils sont en train de transformer une bonne partie de la ville basse. Maintenant qu’ils ont commencé, autant qu’ils le finissent. Les promoteurs voient ça comme le renouveau de Charleroi.
Si le renouveau c’est par la consommation… même si c’est un moteur de croissance économique, c’est pas mon truc. C’est une ville où les gens n’ont pas de sous.
Est-ce que les gens d’ailleurs qui ont des sous vont venir dans un centre commercial en pleine ville de Charleroi ? Pas évident...
Au début, je faisais un détour pour ne pas passer là, je trouvais ça horrible. Laid. Les colonnades étaient en mauvais état, mais j’ai l’impression qu’on les a laissées se dégrader.


Les travaux à Charleroi, c’est incontournable. Malheureusement, ils ont détruit les colonnades pour faire un grand centre commercial. Ce chantier dans la ville basse, c’est un peu comme un monstre qui avale la ville.
On aurait pu rénover plus joliment le quartier sans le détruire, entretenir les colonnades pour pouvoir les garder. Un centre commercial ne m’enthousiasme pas du tout. Je suis pour la décroissance, la déconsommation. Je suis plutôt petites boutiques, pas des chaines.


C’est une petite boutique dans la rue de Marcinelle. C’est une photo de l’exposition sur les robes de Venise qui se tient jusqu’à l’Espace Wallonie. C’est ma rue préférée, très conviviale.
Il y a le Vecteur, la Quille, un petit snack très sympa. Il y avait le café Toute une histoire qui a fermé à cause des travaux.


C’est le Vecteur avec sa façade repeinte lors de Couleurs Carolo. Ils font des expos parfois assez pointues. Des concerts, des films. Des chouettes vernissages où tout le monde se connait. Au début je trouvais ça hype, snob, maintenant j’aime bien.
Et puis, y’a moins de monde qu’au Rockerill, victime de son succès et où c’est dur de se frayer un chemin jusqu’au bar tellement il y a de monde qui vient parfois de très loin. Alors qu’au Vecteur je connais tout le monde.


Là c’est Notre maison, il y a les Équipes populaires, la Mutuelle catholique, j’ai fait des répétitions de théâtre. C’est un endroit que j’aime bien. Je trouve le bas-relief assez beau..


Le cinéma Le Parc. C’est vraiment le cinéma que j’aime bien à Charleroi où il y a de petits évènements sympas. C’est convivial. Ils vont déménager au Quai dix.
Je suis pas trop cinépointcom [un multiplexe vers Ville2] où il y a les blockbusters même si j’y allais parfois avant avec les enfants pour voir le dernier succès américain.


J’ai pas été jusqu’au Théâtre de l’Ancre, mais j’ai pris cette affiche parce que c’est une copine, Natasha, une ado que j’ai connue vers ses 10-11 dans un cours de danse.
Et là, c’est le Festival de la jeunesse à l’Ancre. Ils vont faire une big fiesta de fermeture de festival où je vais aller...


C’est le kiosque du seul parc du centre de Charleroi. Il y en a aussi un près du Marsupilami mais je trouve celui-ci plus convivial, il est plus petit, en plein centre, on le longe facilement, et il est pas loin des jets d’eau. Pas loin de rien !
C’est un endroit qu’on essaye de réinvestir, car il est très fréquenté par les dealers. La ville essaye de se le réapproprier en créant des évènements pour attirer les gens. J’y allais avant avec mes enfants, il y avait pas encore de dealers.


C’est la maison dorée, la plus belle maison de Charleroi. Je la trouve superbe. Je l’ai visité de la cave au grenier, car elle était en vente pour un prix ridicule il y a quelques années. J’avais envisagé de vendre la mienne pour l’acheter à un moment.
Mais il y avait la mérule. Elle a changé de propriétaire trois ou quatre fois depuis. Maintenant, c’est la maison de la presse.


Un vestige du festival Asphalte, une fresque que je trouvais très belle, très colorée. J’ai participé à ce festival, on a fait des fresques temporaires sur des containers au Parc. J’avais fait des hauts fourneaux.
Car je fais partie du groupe qui veut sauver les hauts fourneaux et qui s’appelle « Sauvetage du Haut fourneau N°4 ». On essaye qu’il ne soit pas rasé. Car il y a moyen de réhabiliter, de maintenir le haut fourneau même s’il n’y a plus la coulée à chaud.
Réaménager autour, faire un sentier de promenade. C’est pas très loin du centre. C’est nécessaire pour garder la mémoire de Charleroi. J’ai visité le haut-fourneau juste avant qu’il ne cesse ses activités.
Dommage que je l’ai pas pris en photo. Cette coulée chaude, c’était superbe.


Le terril des Hiercheuses qu’on devine dans le fond. Il est un peu éloigné du centre. En juillet, il ya un festival de rock sur le terril même. Je l’ai fait une fois, mais je l’ai pas refait. Monter ça va ,mais descendre... c’est dur pour moi. Comme j’ai un problème de mobilité.


C’est le Marsu que j’ai pas pu prendre de plus près, il y a trop de passages de voiture. C’est un peu le symbole de Charleroi, un petit animal sympa que j’aime bien.


C’est une partie des bâtiments de la police. Avec l’opposition entre les vieux bâtiments et la tour de Jean Nouvel, qui est hyper moderne. Durant le Kino carolo, on a tourné à l’intérieur, j’y étais aussi aux journées portes ouvertes.
Elle n’est pas cylindrique en fait. Il y a plein de nuances de bleu, c’est vraiment très étudié. Elle est critiquée comme « big brother qui nous surveille », mais je la vois comme un très beau lieu architectural.
Il y a une lumière tournante qui donne l’impression que c’est un phare. D’un point de vue esthétique, je trouve ça beau.


Là, c’est le reflet de l’entrée Charleroi Danses. C’était fermé. Je fais des ateliers danse une fois par semaine.


Là, ça s’appelle le pavillon électrique. C’est un vestige de 1911. C’est une jolie architecture. Encore utilisé parait-il.


Coucher de soleil sur les abords de la Gare de Charleroi


C’est une des fresques principales de Couleurs carolo. Ça représente un terril, le soleil avec l’élan de la ville. Les terrils, pour la mémoire de Charleroi, c’est important.


Ça c’est l’Éden. En général, dans tous les lieux culturels, les gens que je croise très souvent, c’est des gens professionnels. C’est un problème d’attirer monsieur et madame Tout-le-monde dans les vernissages.
On voit toujours les mêmes personnes. Moi, on m’appelle parfois « citoyenne professionnelle » ! Les gens me considèrent comme un peu atypique, car j’ai aucun intérêt professionnel, c’est toujours en bénévole.
J’ai une pension, même si elle est pas énorme, je vais pas mourir de faim, je dois pas me battre pour vendre ce que je fais, pour être payée pour un atelier, je fais ça très cool.


C’est au Bacchus. Un bistro juste derrière l’hôtel de ville qui organise des évènements, une expo, photo ou art plastique et des petits concerts. C’était pour le Mois de la femme. Ça s’appelle « Sous les jupes des filles ».


Ce sont « les Mains », qui sont très critiquées. Ça peut être l’espoir même si pour certains, c’est la prière avec le bon dieu qui n’entend pas. Au début, je les trouvais moches et puis après le festival Métallurgie, j’ai vu les choses autrement. Les gens disent que c’est laid, mais quand on s’approche, on voit tout un travail. Car durant Métallurgie, on a travaillé à la forge chez Avanti et j’ai trouvé ça très dur. On s’aperçoit que ça n’a pas été évident de faire telle ou telle chose.


C’est le grenier du Musée de la photo. Je participe à un projet où on encadre des gens dans des clubs sociaux. C’est un lieu insolite. On a visité de la cave au grenier. On y accède par un ascenseur privé. C’est un bel endroit où je ne retournerai probablement plus jamais.

Toutes les photos ont été prises par Irène Bughin durant l’hiver 2016.

Propos recueillis par Aurélien Berthier et Hélène Freigneux