Depuis fin 2025, le paysage muséal flamand subit des remous puisque l’affectation des fonctions des musées d’art contemporain d’Anvers, Gand et Ostende sont totalement revus au détriment de la capitale flamande. Une nouvelle perspective à l’horizon qui met en colère les acteur·rices de ces structures muséales et des arts visuels. La raison invoquée par la ministre Caroline Gennez qui porte la mesure étant de procéder à une distribution plus logique du système actuel dans un contexte budgétaire orienté vers toujours plus d’austérité. Retour sur une affaire qui secoue le secteur artistique du nord du pays.
Mais que se passe-t-il, entre les deux pôles culturels artistiques de la Flandre ? À savoir les villes d’Anvers et Gand. Leurs rivalités ancestrales s’expriment en effet de longue date dans leurs musées d’art contemporain respectifs, le MHKA (Museum van Hedendaagse Kunst Antwerpen) et le SMAK (Stedelijk Museum voor Actuele Kunst) qui sont en concurrence frontale.
Au départ du mécontentement actuel, il y a un projet de réforme en profondeur du paysage des musées et du secteur des arts visuels flamands voulu par la ministre flamande de la Culture, Caroline Gennez (Vooruit).
RéPARTIR MOYENS ET COLLECTIONS
Précisions utiles pour comprendre la suite des péripéties, en 2015 la ministre Gennez avait décidé de procéder à un redécoupage du fonctionnement du musée flamand. Le SMAK reprendrait ainsi quasiment l’ensemble de la collection du musée d’Anvers (près de 8 000 œuvres seraient déplacées d’ici 2028) et deviendrait la vitrine flamande de l’art contemporain. Le M HKA serait quant à lui relégué en un « centre d’art international pour la culture visuelle » qui proposerait conférences et expos temporaires ainsi qu’ateliers et résidences. Mais il ne serait donc plus un musée…
DES OPPOSITIONS MARQUEES
Dès lors le projet a rencontré une très vive opposition de la part du MHKA et du monde artistique. Tout d’abord parce que le musée d’Anvers se verrait ainsi dépouillé sans détour de sa fonction initiale et de sa collection. D’autre part, parce que la décision a été prise unilatéralement par la ministre, sans aucune concertation préalable avec les acteurs et artistes concerné·es. Selon Eric Steffens de l’Agence Belga, ce projet a été traité comme s’il s’agissait déjà d’un fait établi, sans procédure régulière ni fondement légal.
Dans ce projet, il est notamment question de la méthode de communication utilisée par celle-ci, elle est qualifiée de lamentable par la direction du musée déchu, la ministre passe directement de la proposition à des conclusions définitives. Patrick Van de Perre, journaliste au quotidien Gazet van Antwerpen souligne dans un article repris par Daardaar.be le fait que la confiance n’est pas installée. Ce n’est pas là le gage d’une bonne gouvernance. C’est porter atteinte aux droits des artistes. C’est semer le doute sur l’efficacité actuelle de la mission du MHKA.
En effet la ministre s’est appuyée sur une évaluation négative récente de la part de la commission chargée d’évaluer les attributions de subsides du MHKA pour justifier la désaffectation de celui-ci.
Un point qui fait penser à une réforme bâclée est relatif « au droit de destination », c’est-à-dire le principe selon lequel les œuvres de la collection du M HKA ont été contractuellement destinées à figurer et être conservées dans celui-ci. Chaque acquisition de musée donne en effet lieu à des accords signés avec les artistes et donateurs. Elles ne pourraient donc pas être transférées sans poser de multiples problèmes juridiques et de longues négociations avec l’ensemble des parties prenantes.
Comme l’écrit Patrick Van de Perre : « aucun autre musée flamand ne paie un aussi lourd tribut que le MHKA ». Il s’agit, précise-t-il d’un « coup dur pour la métropole anversoise ». Urbanistiquement et socialement parlant, le développement du musée MHKA allait donner un souffle nouveau aux quartiers environnants. C’était là un pôle d’attraction potentiel. Sans doute la ministre a estimé que c’était miser sur le mauvais cheval ! Peut-être que Gand semblait plus adapté pour faire rayonner les œuvres muséales ? Il est certain que l’on peut estimer que c’est une ville dotée d’une population jeune, estudiantine et progressiste qui trouve plus facilement sa place sur la scène de l’art contemporain. Toujours est-il que si ce projet s’exécute, ce remaniement stratégique fera de Gand la vitrine flamande principale.
VERS UN RETRAIT DE LA RÉFORME ?
Alors qu’un avis juridique externe a été demandé par le conseil d’administration du MHKA et face au risque de blocage légal de plus en plus prégnant, le Comité d’éthique de l’ICOM (Conseil international des musées, l’organisation principale réunissant des professionnels de musées) a par exemple ouvert une enquête juridique.
En ce mois de janvier dans un communiqué de presse, le MHKA écrit que la ministre revient sur sa décision et qu’elle indique au Parlement flamand, « être disposée à donner au MHKA une possible seconde chance, un nouveau départ avec des subsides garantis. Dès lors au Parlement les questions et critiques ont été nombreuses, émanant y compris de partenaires de la majorité (une coalition (N‑VA, CD&V et Vooruit). Caroline Gennez n’a pas manqué de rappeler qu’une période de transition de deux ans était prévue et montre enfin des signes de volonté de discussion et concertation avec le secteur. Des auditions en commission Culture du Parlement flamand se tiendront pour prouver que la parole et le soutien des artistes comptent. Il faut dire que plusieurs figures du monde artistique flamand s’étaient fortement mobilisées à l’instar de Luc Tuymans, Emilia Kabakov ou encore Rinus Van de Veldese. Pour ce plasticien : « L’art ne se prête pas à la centralisation, la diversité est justement importante. » explique-t-il à la VRT. Affaire en cours donc…