Vous me permettrez de taire le nom de mon entreprise, sachez qu’elle est membre de la Fédération des Développeurs — Constructeurs de Logements. Outre que nous sommes en général fort mal compris — je ne compte plus les comités d’opposition à nos projets — nous vivons, nous dit-on très paradoxalement, une « crise du logement ». Je vous l’assure, il faut les nerfs solides pour parvenir à soutenir deux injonctions contradictoires : on ne peut plus rien entreprendre sans voir se dresser riverains et illuminés en tout genre qui vous mettent les bâtons dans les roues et, dans le même temps, il faut résoudre le problème du manque de logements. Et encore, n’y aurait-il que cela ! Personne ne semble prendre conscience de l’origine réelle de la « crise ».
Il ne faut pourtant pas aller chercher fort loin. C’est d’abord la bureaucratie qui écrase l’esprit d’entreprise. Comme le dit fort bien Trends, mon magazine de chevet : « de nombreux promoteurs sont motivés à produire du logement, mais les procédures sont longues et cela les décourage. Beaucoup finissent par renoncer à cause de ces délais ». Exactement ! Des milliers de fonctionnaires plus ou moins tatillons gagnent grassement leur vie à refuser des projets pour mille et un prétextes réglementaires. Pour les ronds-de-cuir, ce n’est pas compliqué de chipoter : les ordonnances ou les décrets sont tellement touffus et confus qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Alors un entrepreneur, que voulez-vous qu’il fît ?
Ça, c’était déjà plutôt dérangeant jusqu’il n’y a guère, mais c’est à présent devenu épouvantable. Voilà qu’on nous sort des contraintes de plus en plus intenables : et que la performance énergétique doit être ceci, et que la hauteur du bâti ne peut pas dépasser cela, et qu’il faut « verduriser » (si, si, ça existe), et qu’il faut des énergies renouvelables… Et puis, cerise sur le gâteau, voilà qu’on invente le « zéro artificialisation nette ». Ah ! Il a bon dos le réchauffement climatique. Elle a bon dos l’écologie.
Le tableau est presque complet. La bureaucratie au service de l’environnement ! Le duo est infernal. Presque complet, disais-je, parce que faut pas oublier non plus tous ces excités qui, à présent, mélangent social et écologie. Pour ces messieurs — dames, non seulement il ne faudrait plus construire (zéro artificialisation nette, soit plus de terrains à bâtir à cause de leurs p’tits oiseaux) mais en plus, il faudrait loger tous ces pauvres gens, chômeurs et compagnie, à des prix « décents ». Et d’abord, ça veut dire quoi ça, « décent » ? Il n’y pas de définition et c’est bien commode pour revendiquer tout et n’importe quoi. La décence, c’est de rémunérer le travail des entrepreneurs, les vrais, je sais de quoi je parle n’est-ce pas ! Ceux qui font avancer notre société et produisent de la richesse !
Quand les Khmers verts rejoignent les fonctionnaires à œillères pour s’entendre sur les revendications environnementales, quand les politiques, s’aplatissant devant la technocratie européenne, vous pondent des réglementations terrifiantes tant en volume qu’en contradictions (eux-mêmes ne s’y retrouvent plus), quand on régule à tout va pour imposer des loyers décents (rires), comment voulez-vous que l’offre suive ?
C’est ça et rien d’autre, la soi-disant « crise du logement ». Un amalgame d’impératifs sortis de la tête d’écolo-bolchévisés désireux de complaire à leurs publics (les pauvres, les écolos, les bobos, que sais-je) et de politiciens réglementant à tout-va sous la férule de l’Union européenne.
Alors, c’est bien simple, si on veut en sortir, il ne reste plus qu’à revenir à la leçon du sage libéral Vincent de Gournay : « Laissez faire les bâtisseurs, laissez passer la construction ». Bref, laissez-nous travailler à l’avenir du logement.