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Les promoteurs ont aussi droit au logement !

Illustration : Vanya Michel

Vous me per­met­trez de taire le nom de mon entre­prise, sachez qu’elle est membre de la Fédé­ra­tion des Déve­lop­peurs — Construc­teurs de Loge­ments. Outre que nous sommes en géné­ral fort mal com­pris — je ne compte plus les comi­tés d’opposition à nos pro­jets — nous vivons, nous dit-on très para­doxa­le­ment, une « crise du loge­ment ». Je vous l’assure, il faut les nerfs solides pour par­ve­nir à sou­te­nir deux injonc­tions contra­dic­toires : on ne peut plus rien entre­prendre sans voir se dres­ser rive­rains et illu­mi­nés en tout genre qui vous mettent les bâtons dans les roues et, dans le même temps, il faut résoudre le pro­blème du manque de loge­ments. Et encore, n’y aurait-il que cela ! Per­sonne ne semble prendre conscience de l’origine réelle de la « crise ».

Il ne faut pour­tant pas aller cher­cher fort loin. C’est d’abord la bureau­cra­tie qui écrase l’esprit d’entreprise. Comme le dit fort bien Trends, mon maga­zine de che­vet : « de nom­breux pro­mo­teurs sont moti­vés à pro­duire du loge­ment, mais les pro­cé­dures sont longues et cela les décou­rage. Beau­coup finissent par renon­cer à cause de ces délais ». Exac­te­ment ! Des mil­liers de fonc­tion­naires plus ou moins tatillons gagnent gras­se­ment leur vie à refu­ser des pro­jets pour mille et un pré­textes régle­men­taires. Pour les ronds-de-cuir, ce n’est pas com­pli­qué de chi­po­ter : les ordon­nances ou les décrets sont tel­le­ment touf­fus et confus qu’une chatte n’y retrou­ve­rait pas ses petits. Alors un entre­pre­neur, que vou­lez-vous qu’il fît ?

Ça, c’était déjà plu­tôt déran­geant jusqu’il n’y a guère, mais c’est à pré­sent deve­nu épou­van­table. Voi­là qu’on nous sort des contraintes de plus en plus inte­nables : et que la per­for­mance éner­gé­tique doit être ceci, et que la hau­teur du bâti ne peut pas dépas­ser cela, et qu’il faut « ver­du­ri­ser » (si, si, ça existe), et qu’il faut des éner­gies renou­ve­lables… Et puis, cerise sur le gâteau, voi­là qu’on invente le « zéro arti­fi­cia­li­sa­tion nette ». Ah ! Il a bon dos le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Elle a bon dos l’écologie.

Le tableau est presque com­plet. La bureau­cra­tie au ser­vice de l’environnement ! Le duo est infer­nal. Presque com­plet, disais-je, parce que faut pas oublier non plus tous ces exci­tés qui, à pré­sent, mélangent social et éco­lo­gie. Pour ces mes­sieurs — dames, non seule­ment il ne fau­drait plus construire (zéro arti­fi­cia­li­sa­tion nette, soit plus de ter­rains à bâtir à cause de leurs p’tits oiseaux) mais en plus, il fau­drait loger tous ces pauvres gens, chô­meurs et com­pa­gnie, à des prix « décents ». Et d’abord, ça veut dire quoi ça, « décent » ? Il n’y pas de défi­ni­tion et c’est bien com­mode pour reven­di­quer tout et n’importe quoi. La décence, c’est de rému­né­rer le tra­vail des entre­pre­neurs, les vrais, je sais de quoi je parle n’est-ce pas ! Ceux qui font avan­cer notre socié­té et pro­duisent de la richesse !

Quand les Khmers verts rejoignent les fonc­tion­naires à œillères pour s’entendre sur les reven­di­ca­tions envi­ron­ne­men­tales, quand les poli­tiques, s’aplatissant devant la tech­no­cra­tie euro­péenne, vous pondent des régle­men­ta­tions ter­ri­fiantes tant en volume qu’en contra­dic­tions (eux-mêmes ne s’y retrouvent plus), quand on régule à tout va pour impo­ser des loyers décents (rires), com­ment vou­lez-vous que l’offre suive ?

C’est ça et rien d’autre, la soi-disant « crise du loge­ment ». Un amal­game d’impératifs sor­tis de la tête d’écolo-bolchévisés dési­reux de com­plaire à leurs publics (les pauvres, les éco­los, les bobos, que sais-je) et de poli­ti­ciens régle­men­tant à tout-va sous la férule de l’Union européenne.

Alors, c’est bien simple, si on veut en sor­tir, il ne reste plus qu’à reve­nir à la leçon du sage libé­ral Vincent de Gour­nay : « Lais­sez faire les bâtis­seurs, lais­sez pas­ser la construc­tion ». Bref, lais­sez-nous tra­vailler à l’avenir du logement.