Pourquoi vous êtes-vous penché sur cette question de la limitation de l’enrichissement individuel ?
Mes recherches prennent place dans un champ qui est celui de la société dite post-croissance. C’est-à-dire d’une société dans laquelle l’objectif n’est plus de poursuivre une croissance économique infinie, mais d’abord de répondre aux besoins fondamentaux des êtres humains. Dans la lutte contre les inégalités, cela change tout par rapport à notre société encore basée sur la croissance économique et où on espère des retombées sociales du fait de la hausse continue du PIB, sans jamais se poser la question de l’environnement. Dans une société post-croissance, c’est l’inverse : on ne vise pas la croissance, mais et on recherche plutôt à rencontrer les besoins humains fondamentaux (logement, nourriture, énergie, santé, éducation, justice…) dans la limite des plafonds écologiques planétaires (changement climatique, pollution, biodiversité…). C’est le fameux modèle de l’économie du Donut.
Le taux de croissance diminue tendanciellement depuis 50 ans et ne permet donc plus la redistribution des richesses via la fiscalité et les investissements publics. On ne peut plus compter, comme on a pu le faire entre 1945 et 1975, sur la croissance économique pour réduire les inégalités. Et depuis les années 1980, ces dernières ont explosé. Comment dès lors faire pour contraindre les inégalités ? Peut-on laisser les riches prendre des parts toujours plus grandes du gâteau si celui-ci ne grandit plus assez ? Beaucoup de chercheur·ses dans le champ de la post-croissance estiment que pour réduire les inégalités, il est nécessaire de poser des limites à l’enrichissement des individus. Mais ces pistes de solutions restaient très peu étayées scientifiquement. C’est pourquoi j’ai décidé de consacrer ma thèse à la question de la limitation des revenus et des patrimoines.
Pour qualifier l’enrichissement démesuré des ultrariches, vous utilisez dans vos travaux l’expression« extrême richesse ». D’où vient ce terme qui évoque très bien cette sorte de radicalisation dans l’accumulation sans bornes qu’on observe actuellement avec par exemple la figure d’Elon Musk ?
C’est sans doute la philosophe belgo-hollandaise Ingrid Robeyns qui a introduit ce terme pour parler de cette tranche des 0,1 à 1 % les plus riches. Elle a, en réponse à cela, développé la notion de limitarisme, une philosophie de la justice distributive visant à établir comment on pourrait partager les ressources de manière socialement juste et équitable. Pour elle, la priorité c’est d’abord de fournir les besoins essentiels à la population et ensuite seulement on pourra s’enrichir, jusqu’à un certain niveau.
Ce qui est intéressant, c’est que cette notion ne met pas en cause le fait de s’enrichir en soi, mais le fait que la richesse devient socialement nuisible quand elle est extrême puisqu’elle fait alors peser des menaces sociales, environnementales et démocratique. Le limitarisme fait exister une troisième voie entre capitalisme, où on peut s’enrichir sans limites, et communisme, où tout le monde gagne la même chose, en affirmant qu’on peut s’enrichir, mais dans certaines limites. Robeyns propose ainsi de plafonner les patrimoines à 10 millions d’euros par personne, notamment pour limiter les menaces contre la démocratie que peuvent induire des niveaux très élevés de richesses personnelles.
Effectivement, on connait les dangers de l’extrême richesse sur nos démocraties. On le voit avec la ploutocratie actuellement au pouvoir aux États-Unis (le gouvernement Trump compte 12 milliardaires, dont le président lui-même). Ou encore avec le contrôle par des milliardaires de la plupart des médias en France. Limiter la richesse est-il devenu un impératif démocratique ?
Avant, dans l’imaginaire collectif, les ultrariches, c’était des Bill Gates ou des Warren Buffet, qui dirigeaient des fondations et donnaient une partie de leur immense fortune pour nourrir l’Afrique, pour le dire de manière caricaturale. Cette figure du philanthrope ne choquait pas trop. A présent, les ultrariches, ce sont des Elon Musk ou des Vincent Bolloré, qui sont, eux, perçus comme ceux qui veulent mettre l’extrême droite au pouvoir. Et ça, ça gêne évidemment beaucoup plus.
En réaction à ces menaces fortes que l’extrême richesse fait peser sur nos démocraties, on constate une effervescence et un véritable intérêt autour de la question des limites. Plusieurs campagnes ont été menées, notamment « Extreme Wealth Line », proposé par un collectif d’universités et d’ONG dont fait partie Oxfam, par ailleurs très en pointe sur la question. Elle montre comment l’extrême richesse peut constituer une menace systémique pour la justice, l’économie et l’environnement. Car si des acteurs politiques (associations, partis, collectifs, ONG…) s’emparent de plus en plus de cette question, c’est en premier lieu car les ultrariches tentent depuis une dizaine d’années de s’accaparer la démocratie, et utilisent leur pouvoir économique pour confisquer le pouvoir politique. Bien sûr, la volonté d’influencer la vie politique pour favoriser leurs affaires a toujours existé, mais la nouveauté de notre période, c’est qu’ils ont aujourd’hui un agenda politique clairement affiché.
L’idée principale que vous avez étudié pour limiter l’extrême richesse, c’est le revenu maximal autorisé (RMA), c’est-à-dire le fait d’établir un seuil au-delà duquel l’État taxerait la plupart des revenus. Vous avez pour cela d’abord mené une enquête qualitative en interviewant une série de personnes pour mettre à jour leurs représentations sociales quant à l’idée de plafonner les richesses. Qu’est-ce que ça a donné ?
Je dois d’abord préciser que pour la partie d’enquête de terrain de ma thèse, je me suis focalisé sur l’étude de l’acceptabilité sociale de la limitation des revenus, laissant la question de la limitation des patrimoines – tout aussi nécessaire — pour une enquête ultérieure. Ce choix de commencer par les revenus, je l’ai aussi fait car l’un des rares sondages sur l’idée de les plafonner, effectué en Suède en 2020, avait donné lieu à une opposition de la part de 55 % des répondant·es. Seuls 24 % des gens étaient pour, alors même que le plafond présenté de 200.000 euros (donc environ 8000 euros nets par mois) était un montant déjà élevé, qui concernait moins de 1 % de la population. Comment expliquer que les gens soient majoritairement contre ? Il me fallait donc d’abord explorer cette inconnue qui me paraissait contrintuitive et comprendre comment les gens réfléchissaient cette question de limitation des richesses.
Mon hypothèse était que si les gens étaient contre, c’est parce qu’ils espéraient gagner autant un jour en jouant le jeu de l’ascenseur social. En somme, dans une sorte d’effet loterie, de se préserver de toute limitation future d’une richesse à venir fantasmée. Étonnamment, personne n’a évoqué cet aspect-là en entretien. En fait, les logiques de raisonnement des interviewé·es relevaient essentiellement de raisons idéologiques. J’ai discerné quatre profils d’attitude vis-à-vis de la limitation des richesses. D’abord les égalitaristes, qui sont en faveur du revenu maximal autorisé pour lutter contre les inégalités et réduire les écarts de salaires. Puis, les méritocrates, pour qui si on travaille dur, on gagnera beaucoup et pour qui, donc, il n’y a pas de raisons de limiter les revenus. Ensuite, les redistributifs pour qui c’est une bonne idée de taxer les riches pour redistribuer aux pauvres ou financer les services publics, mais sans nécessairement devoir mettre de limites aux revenus. Enfin, les libertariens, plus minoritaires, mais radicalement contre toute intervention de l’État et de quelque limitation que ce soit. C’est donc plutôt notre rapport à l’État, à la liberté ou à l’égalité qui guide nos opinions quant à la limitation des richesses et pas l’espoir un jour de devenir riche.
On a aussi remarqué, qu’on soit pour ou contre la mesure, que la question de la faisabilité du RMA était pointée par presque tout le monde : « limiter la richesse, c’est complètement utopique dans le monde dans lequel on vit », « les politiciens sont corrompus », « les riches vont acheter le pouvoir », etc. Un sentiment d’impossibilité renforcé par de fortes craintes sur les conséquences économiques d’une telle mesure : « les riches vont partir », « on va perdre des emplois », « qui va investir s’il n’y a plus de riches ? ». Il y a énormément de blocages cognitifs qui rendent difficiles d’imaginer une autre manière d’organiser l’économie. On serait en quelque sorte condamné·es à la réalité de la société capitaliste, sans aucune échappatoire possible.
Vous avez ensuite testé différents modèles de limitation des revenus au moyen d’un sondage. Quel niveau de limitation des revenus serait le plus socialement acceptable ?
En se basant sur les résultats de l’enquête qualitative, j’ai construit un sondage expérimental consistant à faire varier une série de paramètres pour voir ce qui ferait basculer les gens du contre vers le pour. Résultat, ce sont essentiellement deux éléments qui jouent sur l’acceptabilité d’une telle mesure. D’une part, la compréhension du RMA : plus on présente la mesure, plus on suscite de l’adhésion. C’est un concept tellement nouveau qu’il reste difficile à saisir, c’est pourquoi il mérite de la pédagogie. Et d’autre part, le niveau du plafond qui, à 200.000 euros dans l’enquête suédoise, paraissaient trop bas pour beaucoup : plus on augmente ce seuil et plus les gens sont d’accord. Des revenus jugés « trop bas » ont tendance à dissuader les gens car ils estiment que des juges, des avocats, des docteurs, des footballeurs, etc. méritent ce genre de revenus de 8000 euros net par mois, que ce n’est pas exagéré. En revanche, des revenus mensuels dépassant les 25.000 euros nets commencent à être jugés extrêmes et donc susceptibles d’être limités.
On obtient ainsi environ 65 % de soutien à une proposition de limitation des revenus avec un seuil de 500.000 euros par an à partir duquel le salaire est taxé à 90 % (65 % de soutien en retirant les neutres, si on les comptabilise, le pour reste majoritaire, mais à 58 %). Ce taux de 90 % est d’ailleurs aussi un paramètre qui permet d’améliorer l’acceptabilité sociale. On dépasse le frein psychologique du 100 % de taxation (au-delà du seuil) qui peut être perçu comme confiscatoire. Avec 90 %, il y a cette idée qu’il reste tout de même quelque chose.
Historiquement, ce sont des mesures qui ont déjà existé. Pourriez-vous revenir dessus ?
Quand on parle de taxer des revenus à 90 % aujourd’hui ça nous parait impossible, utopique, irréalisable… c’est sorti de notre imaginaire, de l’ordre du pensable alors qu’aux États-Unis, les niveaux d’imposition ont pu atteindre jusqu’à 94 % en 1944 ! Ils sont ensuite restés élevés durant des décennies [Avec un taux marginal supérieur moyen de 70 %. Ce n’est qu’avec Reagan, à partir de 1981, que ces taux vont chuter pour fluctuer entre 30 et 40 %. NDLR]. On a complètement oublié cette partie de l’histoire. Ça illustre à quel point on est conditionné par un logiciel de pensée néolibéral qui nous empêche d’imaginer autrement. Alors même que ces taux d’imposition très élevés ont eu un énorme impact sur la réduction des inégalités après-guerre.
Vous inscrivez le changement social dans le temps long. Quelles représentations aujourd’hui dominantes seraient à renverser petit à petit pour préparer le terrain et faire advenir cette mesure dans 10, 50 ou 100 ans ?
Pour moi le blocage cognitif le plus important sur lequel travailler, c’est rendre plus concret un modèle économique qui fonctionnerait avec une limitation des revenus et des patrimoines. Comment fonctionneraient les investissements ? Comment se déroulerait l’activité économique ? Comment se créeraient les emplois ? Et que feraient ces riches une fois qu’ils atteignent le plafond ? Est-ce que tout ce qui est taxé irait pour l’État ou bien est-ce que ce sont des collectifs citoyens qui décideraient comment on utilise ces recettes ? Actuellement, il reste difficile d’imaginer – y compris pour moi ! – la manière dont l’économie pourrait fonctionner hors d’un monde néolibéral globalisé. Je pense qu’il s’agit du frein principal en termes de croyance.
Je dirais aussi que jouent beaucoup toutes ces représentations selon lesquelles ce sont les riches qui feraient tourner l’économie via leurs investissements ou que c’est grâce à eux que la société s’enrichit, avec par exemple la fumeuse théorie du ruissellement [qui voudrait que l’argent versé au sommet de la pyramide sociale via des cadeaux fiscaux finisse par ruisseler goutte après goutte pour enrichir tout le monde. NDLR]. Ou l’idée qu’on bénéficie tous de leur philanthropie. Cet ensemble d’opinions positives qu’on a envers les riches, dont l’action vertueuse profiterait à tous, nourrissent la croyance que limiter leur richesse limitera la prospérité.
Il y a aussi ce discours antifiscal très prégnant suivant lequel il faut réduire toujours plus les charges et les impôts, ne pas faire fuir les riches…
C’est le logiciel de pensée néolibéral qui définit le fonctionnement de l’économie actuelle : il faut diminuer les impôts pour attirer les riches, qui vont créer des investissements, qui vont à leur tour créer de l’emploi. Dès lors, si on augmente le taux d’imposition, on va entraver l’économie. Il nous faut déconstruire ce paradigme politique et en construire un nouveau. Car on sait bien qu’il ne fonctionne pas. Contrairement à ce que dit la doxa néolibérale, des études montrent en effet que les réductions d’impôts sur le capital durant les dernières décennies en Europe n’ont eu aucun impact sur la création d’emplois ou la croissance. Par contre, elles ont eu pour effet de faire exploser les inégalités.
Quant à l’argument antifiscal massue suivant lequel les riches partiraient du pays qui augmentait leurs impôts, il s’avère très erroné. Plusieurs études montrent que le taux de départ serait en réalité très faible (inférieur à 2 %) et surtout que les pertes dues à ces départs seraient dérisoires par rapport aux recettes engrangées dans les caisses de l’État.
Est-ce qu’il s’agit aussi de déconstruire tout le modèle méritocratique de nos sociétés, cette idée que quand on veut on peut, qu’on obtient gros en travaillant dur ?
Actuellement, comme Thomas Piketty l’a montré, notre système d’inégalité est basé sur un récit méritocratique affirmant que si on est pauvre, c’est qu’on a choisi de ne pas faire d’effort, contrairement aux riches. Il nous faut construire un nouveau récit qui expliquerait comment sont organisées les inégalités (ou l’égalité) dans une société post-croissance. Comment y seraient distribuées les ressources ? Selon quelle valeur de justice ? De mérite ? D’égalité ? Parallèlement à la déconstruction du récit néolibéral, nous devons ainsi diffuser des alternatives et faire exister un nouveau logiciel de pensée. Celui-ci sera alors disponible lorsque le modèle actuel ne pourra plus du tout faire face aux crises profondes auxquelles nous sommes confronté·es.
Peut-être d’ailleurs que la philosophie limitariste, qu’on évoquait, pourrait contribuer à ce nouveau récit et répondre à la demande sociale émergente de poser des limites au capitalisme contemporain. Est-ce qu’on veut que des gens puissent continuer à s’enrichir de manière illimitée ? À cette question, les enquêtes montrent que 80 % des gens répondent non : ils finissent par choisir un plafond à un moment ou un autre, même si son niveau peut fortement varier. La majorité des gens sont donc limitaristes et voient bien que cette idée d’enrichissement illimité n’est pas très saine.
Faudrait-il aussi déconstruire aussi l’idée très valorisée que l’accomplissement passe par l’enrichissement ? Que réussir, c’est faire le plus gros « score » en euros ?
Toutes ces réflexions autour des valeurs, de la méritocratie, des limites, posent en fait une question anthropologique : Qui est l’être humain et que cherche-t-il dans une société où il y aurait de telles limites ? Quelles sont ses motivations intrinsèques ? Quelles sont les valeurs qu’il défend ? Comment est-ce qu’on se distingue dans la société, si ce n’est plus par l’argent ? Par ce qu’on a créé pour les autres ? Par un enrichissement plus modeste ? Par des engagements sociétaux ? Aujourd’hui, l’accumulation d’argent et la figure de l’entrepreneur qui cherche à s’enrichir sont survalorisées dans notre société. Mais si on fait advenir des limites à l’enrichissement personnel, la question de la réussite se posera tout à fait autrement.
Ça permettrait d’ailleurs de relâcher une certaine pression sociale à l’enrichissement et à la course au toujours plus. Cela étant et pour nuancer, il faut noter qu’à l’heure actuelle, si ce discours de réussite par l’argent est très prégnant, beaucoup de gens ne sont pas pour autant totalement dupes. Ils savent bien que l’ascenseur social est en panne et qu’ils ne deviendront pas millionnaires. Et ils ont développé d’autres moteurs de vie que s’enrichir comme s’occuper de ses enfants, vivre des passions, créer, etc. Ils se mettent déjà en retrait de cet impératif sociétal véhiculé dans les médias.
Si on peut estimer normal de gagner plus lorsqu’on a un travail plus difficile, qu’on s’investit plus ou qu’on a plus de responsabilités, les écarts salariaux semblent toutefois démesurés dans certaines entreprises où le rapport entre le plus bas et le plus haut salaire peut être de 1 à 400. Qu’est-ce qui justifie actuellement de tels écarts ?
C’est toujours cette vision néolibérale de l’économie : on va sélectionner les gens pour leur performance, et on va justifier d’énormes salaires en fonction des performances des personnes. Avec cette idée que les gens méritent cet argent parce qu’ils travaillent dur, et qu’ils vont ramener beaucoup d’argent et de performance aux boites. Et ce, même si la relation entre performance et salaire est en réalité limitée.
Est-ce que limiter les écarts salariaux ne serait pas une idée plus facile à mettre en place à moyen terme et pourrait constituer un premier pas vers l’idée de revenu maximal autorisé ?
Cela rejoint la stratégie à deux étapes que je suggère pour faire avancer dans la société ces idées de revenu et de patrimoine maximaux autorisés : il faut d’abord préparer le terrain intellectuel et politique, pour que, dans un second temps, l’idée d’instaurer des limites soit perçue comme logique et désirable. Pour l’étape de préparation, on a toute une palette d’actions. D’une part, construire de nouveaux récits et les disséminer, mais aussi expérimenter par des mesures plus minimalistes. Parmi elles, mettre des ratios de salaire dans certains secteurs d’activité à la manière de ce qu’applique déjà l’économie sociale avec un ratio de 1 à 4. Par exemple, on pourrait imaginer que des entreprises publiques autonomes comme Bpost mettent en place un ratio de 1 à 10 entre le salaire le plus bas et celui le plus haut. Je crois qu’une banque comme Triodos n’investit que dans les entreprises qui ont un ratio de salaire de 1 à 100. Ça reste très élevé, mais c’est déjà ça. Ils ont mis la question sur la table et agi en établissant un premier plafond. Ça pourrait être généralisé. Il faut en tous cas arriver à mettre ce sujet méconnu en discussion collectivement et l’installer à l’agenda politique.
Qui porte politiquement des mesures de limitation d’extrême richesse en France et Belgique ?
En France, des mesures liées à la limitation des richesses sont portées par différents partis de gauche. Si le rétablissement de l’impôt sur la fortune et l’instauration de la taxe Zucman (mettre en place un impôt plancher européen de 2 % ciblant les ultrariches possédant plus de 100 millions d’euros) font consensus au sein de l’arc de gauche, de La France insoumise (LFI) au Parti socialiste (PS), les propositions de mesures un peu plus sérieuses sont plutôt le fait des Ecologistes (LE), du Parti Communiste français (PCF) ou de LFI. Ainsi en est-il de l’écart maximum autorisé des salaires en entreprises de 1 à 4 (PCF) ou de 1 à 20 (LE & LFI). L’héritage maximum – l’idée que l’État récupère l’excédent des successions au-dessus d’un certain seuil – est défendu par LFI (« au-delà de 12 millions ») et le PCF, bien que ces derniers ne précisent pas le montant du seuil (« plusieurs millions »). L’idée d’un « salaire maximum » est aussi proposée par LFI (qui ne le défend plus sous ce nom, mais via sa proposition de barème d’impôt à 14 tranches) avec une taxation proche des 90 % des revenus au-dessus de 400.000 euros par an.
En Belgique, c’est le Parti des Travailleurs (PTB / PVDA) qui est en pointe concernant des mesures de limitation de la richesse puisque qu’il défend l’écart salarial maximal au sein des entreprises (de 1 à 5 ou de 1 à 10 suivant les versions des programmes) ou encore une taxe de 2 % sur les patrimoines globaux supérieurs à cinq millions d’euros (puis 3 % au-delà de 10 millions). Chez Ecolo, il s’agirait d’une taxe progressive de 0,5 % à 1,5 %, active dès 1 million d’euros de patrimoine. Le Parti Socialiste (PS) propose pour sa part une taxation de 1 % pour la tranche du patrimoine entre 5 et 100 millions d'euros, et de 2 % au-delà de 100 millions d'euros. Le PS, Vooruit et Ecolo soutiennent la taxe Zucman. Par ailleurs, le PS propose également de limiter le salaire le plus haut en entreprise à 15 fois le salaire médian national (640.000 euros bruts par an tout de même…).
En France comme en Belgique, les partis de droite et d’extrême droite s’opposent becs et ongles à toutes mesures limitant l’enrichissement personnel. Cependant, les Engagés (centre-droit), sans doute portés par un sondage du Soir révélant que 76 % des Belges étaient pour un impôt sur la fortune des plus riches, ont récemment fait une timide proposition de taxation - du patrimoine mobilier uniquement - à partir de 3 millions d’euros avec un taux progressif de 0,3 à 0,6 %. (AB)
