Baraka Grafika est un studio de bandes dessinées actif depuis 2021 à Bruxelles. Il est né de la rencontre entre militants de la Voix des Sans-papiers Bruxelles (VSP) et bédéistes. Huit artistes, avec et sans papiers, créent ainsi à seize mains. L’ambition est claire : rompre avec la tendance à vouloir raconter sur et parler à la place de comme le fait trop souvent le secteur culturel lorsqu’il travaille avec des personnes exilées. Il s’agit dans ce véritable laboratoire de dessiner pour et avec, bref de co-construire concrètement. Il en résulte ID noires, une BD qui présente quatre récits d’exil. Une œuvre chorale qui mélange langues et styles et donne à voir et sentir ce que les exilé·es vivent en Belgique. Et ce, tel qu’iels veulent en rendre compte. Un récit brut en nuances de gris d’une réalité peu connue, semée d’embuches administratives, de micro-agressions répétées et de violences sous de multiples aspects. Une expérimentation qui renouvelle les formes de la narration militante qu’on aimerait voir essaimer à d’autres domaines de luttes.
« À Baraka Grafika on est tous à la fois scénaristes, dessinateurs et co-auteurs. On commence par établir une histoire, qu'on découpe en storyboard. À partir de ce storyboard, chacun de nous commence à faire un dessin, on réalise la planche au crayon de papier pour uniformiser nos différents styles. À mesure que les planches avancent, on se les fait passer pour les compléter. Chaque planche passe chez chacun de nous. » (Simon)
Même s'il y a un style graphique qui ressort, chacun s'autorise à mettre son univers. Ensuite, on uniformise nos dessins par des nuances de gris. La différence avec un studio traditionnel, c'est qu'il n'y a pas du tout de question de rentabilité. On a mis 4 ans à faire cette BD… (Amandine)
C'était difficile d’accepter de parler. Parce que dans notre parcours on témoigne beaucoup, il y a beaucoup de répétitions de notre histoire. À trop la répéter, ça nous affecte psychologiquement. On se demande ce que ça va apporter de l’expliquer une fois encore. Mais au sein de cet atelier, j'ai compris au fur et à mesure que si j'exposais mon histoire, ça pouvait aboutir à quelque chose d'important. (Alberto)
Des personnes ont quitté leur pays pour des raisons multiples, chaque situation est terrible et différente. Toutes ces raisons, on peut les montrer à travers le dessin. C'est important de voir comment on va les transmettre à d'autres personnes. On essaie aussi de voir comment créer des expériences similaires avec d'autres jeunes sans-papiers dans d'autres occupations. (Thierno)
Au début, on se disait qu'on n'avait pas le temps d'apprendre à dessiner. On avait tellement d'autres problèmes à régler au quotidien. En plus, on n'avait pas la passion du dessin. Mais quand on voit qu’un vrai projet se met en place, on se dit qu’on peut faire de belles choses à partir de la migration. (Thierno)
Pour moi, l'idée de l'absurdité du dessin, de la naïveté, fait que c'est plus facile de rentrer dans des récits très durs. Quand les gars nous ont raconté comment s’est passé le moment de l'arrivée en Europe, de la procédure... Nous on est en Europe, c'est un monde de fou, ça parait irréel ! On avait envie de représenter la procédure à l’Office des étrangers comme si c'étaient des machines qui venaient d'un autre monde, des personnages qui n'étaient pas réels, parce que pour nous c’était carrément surréaliste. (Agustin)
« On essaie de toucher une tranche de la population qui est complètement déconnectée de la migration. Beaucoup d'aspects peuvent être montrés à travers le dessin. On veut sensibiliser la jeunesse pour qu'elle sache à travers notre point de vue comment nous voyons la migration, les déplacements dans le monde… que ce monde est un labyrinthe pour nous ! C'est important de pouvoir enfin raconter ces moments comme on veut. On les raconte comme on veut que les personnes les ressentent. » (Taslim)
Id. Noires – Récits d’exils des mains des sans-papiers
Baraka Grafika
FRMK, 2025
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