Technofascime, ce terme fait l’objet d’une grande attention éditoriale si l’on en juge au nombre d’ouvrages sortant sur le sujet, des Lumières sombres d’Arnaud Miranda à Technofascisme de Norman Ajari. Et pour cause, l’étau associant high-tech et projet politique réactionnaire semble se resserrer sur le monde depuis la réélection de Donald Trump. Les journalistes Olivier Tesquet et Nastasia Hadjadji auscultent dans Apocalypse Nerds le projet antidémocratique des barons de la tech. Longtemps, la Silicon Valley passait pour un havre de paix orienté à gauche. Il n’en est rien ! Ce livre montre l’émergence d’un technofascisme précisément porté par certaines élites de la tech. Leur but ? Remplacer la démocratie par un pouvoir technologique et privé, via le développement d’un projet politique autoritaire adapté au monde technologique. L’État est pour eux perçu comme inefficace et obsolète, la démocratie comme un obstacle. Pour s’en débarrasser, de grandes figures de la tech comme Elon Musk (X, Tesla, Space X…) ou Peter Thiel (PayPal, Palentir) deviennent des acteurs politiques majeurs. Ces milliardaires défendent également ardemment l’idée de faire sécession par la création de territoires autonomes, des enclaves gérées comme des entreprises, hors de tout contrôle démocratique. Le solutionnisme technologique prôné vise à accélérer le progrès, même au détriment des humains. Comme avec la démocratie illibérale, nous assistons à une subversion progressive des institutions où le pouvoir change sans rupture visible. Cette évolution risque de transformer notre rapport à la politique, au progrès et à l’avenir. Ces « nerds de l’apocalypse » anticipent l’effondrement des démocraties et veulent en profiter pour imposer un monde privatisé, inégalitaire et autoritaire qui remplacerait les États. Un·e lecteur·ice averti·e en vaut deux.
Apocalypse Nerd - Comment les technofascistes ont pris le pouvoir
Nastasia Hadjadji & Olivier Tesquet
Divergences, 2025