Consacré à la rivière argentine Atuel, longue de plusieurs centaines de kilomètres et traversant des paysages variés où de nombreuses formes de vie dépendent d’elle, le jeu Atuel est construit comme un hybride entre documentaire et jeu vidéo. Il propose une navigation dans le temps et dans l’espace de l’affluent pour en offrir une approche historique, géologique, biologique, mais aussi culturelle. Animé par une direction artistique marquée, Atuel donne à voir et à jouer dans des couleurs pastel des représentations stylisées des paysages, des animaux et des phénomènes naturels liés à la rivière. L’expérience esthétique et ludique, portée par une musique envoûtante, s’accompagne d’interviews sonores d’habitants de la région ainsi que d’experts et d’expertes variées. L’ensemble invite à approcher la rivière non comme un élément naturel extérieur à l’humanité, mais comme un ensemble vivant lui-même source de vies multiples. Un discours porté par une approche critique d’un rapport d’exploitation au réel. Car ce qui se dessine dans ce jeu court (et disponible gratuitement pour PC et Android), c’est un modèle de soumission du monde, minéral comme animal et humain avec l’effacement des peuples premiers et de leur vision de la rivière. En proposant d’incarner le cours d’eau et différentes formes de vie ou de phénomènes météorologiques et chimiques, le titre de Matajuegos s’éloigne des canons vidéoludiques habituels : pas de victoire à remporter, mais une expérience à vivre. Il porte un discours politique explicite sur l’extractivisme et l’exploitation de l’environnement, mais tente aussi, par la démarche du studio argentin de valorisation de cultures latino-américaines, de surmonter le passé et le présent coloniaux.
Julien AnnartAtuel
Matajuegos, 2022
