Fascisme tardif

Alberto Toscano

Faut-il à tout prix sor­tir le « mot en F » pour carac­té­ri­ser l’évolution de l’extrême droite dans nos socié­tés, voire sa nor­ma­li­sa­tion et sa bana­li­sa­tion, celui-ci deve­nant alors le point God­win du débat ? Alber­to Tos­ca­no sou­tient dans Fas­cisme tar­dif que le fas­cisme n’est pas un phé­no­mène du pas­sé, mais qu’il réap­pa­rait aujourd’hui sous de nou­velles formes, adap­tées au capi­ta­lisme contem­po­rain. Ain­si, le fas­cisme actuel n’a pas tou­jours besoin d’un État tota­li­taire expli­cite, il s’insère dans des démo­cra­ties libé­rales en crise et coexiste avec le capi­ta­lisme néo­li­bé­ral et ses poly­crises. Il repose sur des formes de racisme renou­ve­lées (anti-migrants, isla­mo­pho­bie, etc.) et construit des « enne­mis internes » dans un contexte de dur­cis­se­ment auto­ri­taire et de vio­lence nor­ma­li­sée. Pour ce poli­to­logue ita­lien, le fas­cisme n’est donc ni un évé­ne­ment his­to­rique clos, ni un phé­no­mène excep­tion­nel mais plu­tôt une ten­dance récur­rente du capi­ta­lisme en crise. Le fas­cisme tar­dif est ain­si une forme mutée du fas­cisme, inté­grée dans les ins­ti­tu­tions modernes et ali­men­tée par les crises du capi­ta­lisme. En s’appuyant notam­ment sur l’École de Franc­fort, ain­si que sur les pen­sées noire et anti­co­lo­niale, Alber­to Tos­ca­no met en lumière les limites des simples ana­lo­gies his­to­riques (le fameux retour des années Trente). Le fas­cisme est pour lui un pro­ces­sus en constante évo­lu­tion, ancré dans des dyna­miques d’exploitation et de domi­na­tion. Puisque le fas­cisme est une menace qui conti­nue de gan­gre­ner le monde contem­po­rain, il faut se doter d’outils capables non seule­ment de l’expliquer, mais aus­si de l’éliminer. C’est ce que l’ouvrage tente de faire. Une lec­ture ardue mais foisonnante.

Olivier Starquit

Fascisme tardif
Alberto Toscano
La Tempête, 2025

 

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