L’Église, en tant que communauté des adeptes d’une religion chrétienne, est historiquement financée par l’État en Belgique. En émancipant les organisations religieuses du contrôle de l’État par l’article 21 de la Constitution garantissant la séparation de l’Église et de l’État, la législation adoptée en 1831 instaure un ensemble de mécanismes de financement public. C’est cet héritage qu’interroge Caroline Sägesser, historienne et chercheuse au Centre de recherche et d’information socio-politiques. En effet, aujourd’hui, la société belge est fortement sécularisée. Ainsi, depuis les années 1960, la proportion de la population belge participant à la messe dominicale est passée de 30 % à 1,5 % ! Or, ces mécanismes ont fort peu évolué ces deux derniers siècles et ce système, typiquement belge, organise aussi visiblement une certaine forme de discrimination entre les organisations convictionnelles. C’est la Cour européenne des droits de l’homme qui l’a pointé, dénonçant notamment la distinction opérée entre les organisations reconnues et les autres, sans qu’une loi ne définisse la procédure de reconnaissance. En outre, il existe des différences de traitement au sein même des organisations reconnues, par exemple en matière de financement. Sägesser pose son regard sur la situation actuelle, explique ses écueils et ses dissonances pour ensuite proposer des pistes de réforme qui viendraient apporter un peu d’équilibre au regard de la multiplicité de la réalité convictionnelle des habitant·es de notre territoire. On pense notamment à l’Union bouddhiste de Belgique, créée en 1998 par neuf associations en quête de légitimité à la suite d’une commission parlementaire d’enquête consacrée aux organisations sectaires et qui a visiblement porté préjudice au bouddhisme en Belgique. Ou encore au Forum hindou de Belgique, qui a introduit une demande de reconnaissance de l’hindouisme en tant que culte en 2013. Après avoir attendu dix ans, un subside lui a été octroyé en 2023, mais pas de reconnaissance formelle. S’appuyant sur les modèles d’autres pays européens, Caroline Sägesser se fait force de proposition pour moderniser un système qu’on pourrait aisément qualifier d’archaïque. Héritage du passé, contraintes de la situation actuelle, utilité sociale des cultes, régionalisation, subventionnement par projet, révision des liens entre l’État et les cultes, notamment, sont autant d’éléments apportés au débat. Et si l’autrice n’élude pas les nombreuses pierres d’achoppement que rencontrerait toute velléité de changement dans notre État fédéral, il n’empêche qu’elle apporte une vision éclairée pour offrir des pistes de réflexion et nourrir le débat public.
July RobertFinancer les cultes et les philosophies
L’argent public au service du spirituel ?
Caroline Sägesser
ULB, 2026
