Le groupe de rap electro irlandais Kneecap est l’exemple éclatant d’un renouveau de la radicalité dans la scène musicale actuelle. Car face au génocide à Gaza, de nombreux groupes et artistes ont dû se positionner, à la manière de la scène musicale des années 1960 – 70 qui ne pouvait rester indifférente à la guerre du Vietnam. Ce qui apparaissait comme quasi désuet — être un·e artiste engagé·e – se voit revalorisé. Non seulement pour toute une jeune scène comme Fontaine DC, Bob Vylan ou Kneecap donc. Mais aussi pour les vétérans que sont Massive Attack, Pulp, Garbage ou Brian Eno. Ces derniers multiplient les prises de position, et on fondé le Ethical Syndicate Palestine qui vise à défendre la liberté d’expression des artistes quant à la cause palestinienne. En effet, il devient nécessaire de se prémunir contre les tentatives d’intimidation (mises à l’écart médiatique, annulations de concerts, suspension des subsides publics des festivals les programmant etc.). Tout cela compose un renouveau plus que bienvenu du protest song alors que cela reste médiatiquement compliqué de « dire les mots » sur la Palestine. Mais pourquoi les artistes irlandais·es sont-ils et elles particulièrement impliqué·es dans la dénonciation au colonialisme israélien sur scène ? Car la critique du colonialisme fait partie de leur ADN politique, l’Irlande étant une ancienne colonie anglaise. Ils en connaissent donc un rayon en matière d’oppression, d’occupation et de résistance à celle-ci. Les membres de Kneecap, qui rappent autant en anglais qu’en gaélique histoire de rappeler le rôle politique d’une langue, cultivent les luttes pour l’indépendance et prône la réunification du Sud avec l’Ulster. Au delà, ils abordent aussi dans leurs morceaux les inégalités sociales et les conditions de vie de la classe ouvrière et critiquent les violences policières. Le tout, dans un savant mélange entre techno dancehall, hip-hop et punk, et où la déconnade reste aussi omniprésentes, nous assénant autant des morceaux de joie de vivre qu’un droit à exister pour tous·tes. (AB)
Aurélien BerthierKneecap
Fine Art
Heavenly Recordings
2024
