Le dernier film de Pierre Carles, L’affaire Abdallah, revient sur l’acharnement judiciaire subi par George Ibrahim Abdallah, communiste libanais et militant pour la cause palestinienne qui fut emprisonné pendant plus de 40 ans en France. Ex plus vieux prisonnier politique d’Europe, Abdallah a été condamné en 1987 — malgré l’absence de preuves tangibles — à la perpétuité pour complicité dans le double assassinat à Paris d’un attaché militaire états-unien et d’un diplomate israélien. Membre des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises), ce militant anti-impérialiste a en effet payé pour une série d’attentats auxquels il n’avait en fait rien à voir puisque ces attaques ont été perpétrées en France par le Hezbollah libanais pro-iranien, en représailles au soutien français apporté à l’Irak dans sa guerre contre l’Iran. Libérable depuis 1999, la cour de justice a systématiquement rejeté — sous la pression des États-Unis et d’Israël — ses demandes de libération conditionnelle. Abdallah a finalement été libéré en juillet 2025 à l’âge de 74 ans avec l’obligation de quitter immédiatement le territoire français pour rejoindre son village natal au Liban. Rompu depuis longtemps à la critique des médias, le réalisateur Pierre Carles s’attache à montrer dans ce documentaire la véritable campagne de désinformation qui s’est enclenchée lors de l’arrestation d’Abdallah. On y constate notamment l’implication du journal Le Monde et du journaliste Edwy Plenel dans la diffusion d’informations policières erronées à l’encontre du libanais, lesquelles contribuèrent à le faire condamner à vie. Le film repose ainsi sur une importante collection d’archives qui permet de rendre compte du traitement journalistique de l’époque de cette affaire. Mais Pierre Carles ne porte pas uniquement son regard sur le passé et s’en va confronter les journalistes ayant colporté ces fausses informations, obligé·es d’admettre aujourd’hui leurs manquements déontologiques – on note cependant l’absence criante du cofondateur de Mediapart. Quant aux hommes politiques ignorant les demandes d’entretien, l’équipe du film ne s’avoue pas vaincue et les oblige à s’expliquer, pris sur le vif lors d’évènements publics, sur leur complicité dans le maintien honteux de la détention d’Abdallah. Ce procédé donne lieu à des scènes relativement comiques dans lesquelles des figures telles que François Hollande ou Laurent Fabius préfèrent jouer aux idiots – voire aux amnésiques – plutôt que d’admettre leur soumission aux intérêts des États-Unis, bafouant ainsi la justice et les droits humains. Heureusement, le film oppose à cette lâcheté politique l’intégrité d’Abdallah qui n’a jamais renié ses engagements et son combat pour la libération de la Palestine. L’Affaire Abdallah est un film hautement nécessaire alors même que l’ingérence israélienne et la répression de la cause palestinienne continuent de sévir brutalement en Europe.
Aurélie GhalimL’affaire Abdallah
Un documentaire de Pierre Carles
C-P Productions
