Cette courte brochure prend comme point de départ l’appel en 2024 à quitter le réseau X (ex-Twitter) depuis le ralliement de son patron Elon Musk à Donald Trump. Mais le texte en arrive rapidement à une critique de l’aveuglement du monde politique et associatif de gauche concernant les autres réseaux sociaux et l’écosystème numérique actuel. Dominé par des logiques capitalistiques et quantitatives, cet écosystème détruit toute forme de lien social en atomisant les individus. Un cadre propice au totalitarisme selon Hannah Arendt dans Les Origines du Totalitarisme (1951). Ce qui rejoint l’hypothèse centrale des auteurs, inspirée par le cinéaste Pasolini : le fascisme est un aboutissement des sociétés industrielles et productivistes. Impossible alors de combattre l’extrême droite dans des espaces numériques qui lui sont par nature favorables. L’ouvrage appelle à les quitter pour réinvestir hors du numérique les espaces sociaux traditionnellement couverts par la gauche et l’éducation populaire (« dans la rue, sur les murs, dans les transports en commun, sur les ronds-points, devant les lycées, les stades et les centres commerciaux ») avec beaucoup plus de succès et de force de traction que via les écrans. La brochure conclut sur la figure de Musk qui a toujours porté, tout comme les autres dirigeants de la Silicon Valley, un projet autoritaire et antihumaniste résumé sous le concept de « transhumanisme » (une idéologie et un mouvement prônant l’usage des sciences et des techniques afin d” »augmenter » l’humain). Si certains partis pris de cette brochure sont questionnables — notamment la reprise du champ lexical de l’addiction pour parler du numérique ou encore l’absence d’analyse des pratiques réelles qui diffèrent pourtant des usages pensés par les plateformes‑, le propos radical de cet ouvrage nous invite de manière vivifiante à repenser les luttes dans les espaces numériques et contre leur modèle.
Aurélien BerthierTechnofascime – Une proposition de quitter au plus vite tous les réseaux sociaux
Matthieu Amiech, Gary Libot et Valentin Martinie
La Lenteur (2025)
