À côté du réseau marchand des galeries d’art, plusieurs galeries associatives à Bruxelles permettent aux artistes de présenter leurs œuvres hors d’une logique strictement commerciale. Cela se traduit dans un mode de fonctionnement et de démarches envers des publics qui diffère de la galerie classique. Qu’ils s’agissent de La Perche, du Sterput, d’ArtBase ou de tant d’autres, ces lieux défient les logiques commerciales et proposent des chemins alternatifs pour approcher les mondes artistiques.
L’Estampille est assez exemplative de cette volonté de proposer l’art au plus grand nombre tout en essayant de faire tomber les barrières sociales et culturelles qui empêchent certain·es de se rendre aux expos. Impulsée par Gladys Pierre Louis depuis 14 ans, cette galerie d’art associative accueille des expositions tout au long de l’année hors d’une logique marchande. « L’idée, c’est de permettre aux artistes d’exposer facilement, indique Gladys. La galerie demande une petite participation aux frais, mais ne prend aucune commission sur les ventes. »
L’Estampille promeut l’art autrement. Ainsi Gladys travaille sur les portraits des artistes et montre des travaux qui ne sont pas très connues. Elle interroge sur la façon de regarder une œuvre sur la longueur, et invite les visiteur·euses à se laisser imprégner. L’Estampille est une galerie « associative » d’abord parce qu’elle est organisée par une ASBL éponyme qui compte près de 80 membres (des artistes, des habitant·es du quartier et d’ailleurs…) et bénéficie du soutien de la Ville de Bruxelles. Mais aussi car L’Estampille offre un mode de fonctionnement associant les artistes à chaque niveau du processus de leur exposition.
Ce qui anime la fondatrice, c’est de permettre la confrontation d’idées, le droit à la différence et de développer tout un travail sur la créativité, la pensée et l’esprit critique. Car « Il faut savoir se poser les bonnes questions » dit-elle. C’est essentiel pour poursuivre une médiation culturelle qui ait du sens. Il faut aller à contre-courant pour ouvrir de nouvelles portes vers un monde durable.
Un relai culturel pour le quartier
La galerie ne se contente pas d’exposer des artistes. La galerie se veut donc un relai culturel inscrit dans le quartier pour les artistes et toutes les personnes curieuses de découvrir l’art autrement. Ainsi, sur le trottoir face à l’Estampille, trône une cabine téléphonique qui fait office de boite à livres régulièrement alimentée. Ce projet d’économie circulaire où les gens se servent et apportent des livres est lié au cercle de lecture de l’Estampille : « On nettoie, on trie les livres et on les lit. C’est une docteure en langues slaves qui anime l’atelier ». En ce moment le cercle de lecture travaille à la fois sur l’essai La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben et le roman Le pays des autres de Leïla Slimani. « Le problème de ce genre d’activité c’est que l’on se retrouve vite dans l’entre-soi explique Gladys, j’essaie tout doucement d’apprendre à élargir le groupe en mixant les atouts, les savoir-faire des participant·es ».
L’Estampille travaille aussi beaucoup avec les écoles et le milieu enseignant. Car pour sa fondatrice, la créativité est un outil pédagogique central. Il faut la stimuler pour pouvoir cultiver la tolérance et imaginer d’autres options aux problèmes du monde actuel comme « la guerre, le réchauffement climatique, l’accessibilité de la culture, la lutte contre la pauvreté, ou encore l’accès à la nourriture pour tous. » Ainsi, des classes maternelles d’écoles proches viennent régulièrement visiter les expositions. Gladys explique avoir également accueilli, lors de l’inauguration du Marché des Squares, une exposition de dessins d’enfants autour du thème du « marché ».
Autour du livre avec l’école du quartier
L’Estampille cherche également à diffuser la culture du livre dans le milieu scolaire et participe au projet de la Cocof intitulé « La culture a de la classe ». Ainsi, un livre est en cours de création avec des classes de l’école maternelle des Éburons (une école à discrimination positive de la ville de Bruxelles) en partenariat avec la bibliothèque Adolphe Max. Ce projet, intitulé « Ouvre-moi ! Le livre, une porte sur l’imaginaire » voit les classes concevoir avec Gladys un livre à partir de sons, d’images et de corps. « J’ai carte blanche pour la réalisation de ce livre » indique-t-elle. « Grâce à ce projet, je vous assure qu’ils savent de quoi l’on parle, quand on prononce l’expression ‘’cohésion sociale’’ ». Car ici se mélangent les primo-arrivant·es qui ne parlent pas encore le français et les enfants de fonctionnaires européen·nes.
« Concrètement, poursuit Gladys Pierre Louis, ce projet s’est articulé autour de sept ateliers. Comme les enfants ne maitrisent pas encore la lecture, nous travaillons l’histoire à travers différentes formes d’expression : images, collage, découpage, mise en forme visuelle du récit.On essaie de comprendre l’histoire, d’expliquer comment ils la voient, la façon dont ils vont la restituer, la manière de s’exprimer avec un début, un milieu et une fin. » Des collaborations avec le milieu scolaire qu’elle aimerait voir s’amplifier à l’échelle du pays : « Je poursuis un rêve, celui d’une galerie associative implantée à côté de chaque école ! ».
L’estampille
75, rue de Pavie-1000 Bruxelles
www.estampille.be
