Né il y a près de 20 ans, ViaVelo Palestina a été lancé par des militant·es cyclistes impliqué·es à la fois dans la lutte pour les droits des Palestinien·nes et la promotion du vélo. Cette action a été initiée par deux cyclistes patenté·es, Marco Abramowicz et Marianne Samray. Militant de longue date pour la justice en Palestine, iels avaient été impressionné·es par le passage, en 2006, de la caravane de vélos « The Peace Cycle », une randonnée de solidarité internationale partant de Londres pour arriver à Jérusalem qui avait fait une halte en Belgique. Trouvant l’idée d’utiliser le vélo pour attirer l’attention sur la question palestinienne très porteuse, Marco et Marianne réunissent un petit groupe de militant·es cyclistes et, ensemble, décident de lancer leur propre opération dès l’année suivante. « Le premier ViaVelo Palestina a relié différents points de départ dans le Brabant-Wallon pour se retrouver à Bruxelles, précise Cathy Mayer, qui a rejoint rapidement le comité organisant l’évènement, et puis le projet s’est peu à peu transformé pour se concentrer sur Bruxelles ».
La formule s’affine petit à petit et consiste aujourd’hui, au départ d’une gare bruxelloise vers 10h, à sillonner différents quartiers de la capitale dans une parade festive et militante aux couleurs de la Palestine. Différentes haltes sont organisées afin de distribuer un tract qui présente la démarche du collectif et discuter avec les passant·es. Avant une « arrivée festive » vers 17h, prévue cette année place de la Monnaie, avec de la musique, des chants ou des danses.
Le projet a rapidement trouvé le soutien de l’Association Belgo-Palestinienne et de L’Union Progressiste des Juifs de Belgique. Puis, à partir de 2017, du mouvement Présence et Action Culturelles (PAC) qui amène un soutien logistique à l’organisation et permet aux bénévoles de s’appuyer sur une structure qui fait office de permanence.
Aujourd’hui, une vingtaine de personnes compose le collectif qui se réunit tout au long de l’année afin de préparer l’action. Si les profils y sont variés, on remarque une constante : un rapport passionnel au vélo et une envie de le mêler à leurs luttes. Certain·es, comme Cathy, ont par ailleurs participé aux randonnées à vélo « Solidarity with Bedouins » ralliant en deux roues plusieurs villages bédouins dans le désert du Néguev, non reconnus par Israël et menacés de destruction. D’autres évoluent dans le monde du vélo (réparateur·ices, sportif·ves…) ou militent par ailleurs pour ce mode de transport. Par exemple au travers des Dynamobiles, des randonnées militantes qui existent depuis les années 1990 sur des thématiques environnementales où, là aussi, on fait masse à deux roues pour attirer l’attention et on distribue des tracts aux passant·es pour échanger avec elleux au cours de haltes.

Attirer l’attention sur la Palestine par le vélo
Le but de ViaVelo, c’est mettre la Palestine dans l’espace public et affirmer fièrement sa solidarité avec son peuple. « L’idée, c’est qu’on soit le plus visible possible quand on passe dans les rues, indique Arno Zanella qui représente PAC dans l’organisation, nous fournissons drapeaux, ballons ou décorations à celles et ceux qui n’en auraient pas ». Le cortège veut aussi se faire remarquer au niveau sonore « en scandant des slogans, en faisant beaucoup de bruit avec les sonnettes », ajoute Cathy.
Le succès militant est au rendez-vous : « On est passé au fil du temps d’un évènement réunissant une poignée de militants cyclistes à une opération qui s’est élargie, réunissant à la fois des fidèles et de nouvelles têtes chaque année. ViaVelo est aujourd’hui bien installé dans le paysage militant » explique Jean-Louis Dethier, qui roule chaque année depuis 2014 et pour qui ViaVelo a constitué une porte d’entrée vers un engagement plus actif en faveur de la Palestine. Il était aussi le compagnon de Marianne Sermay et a rejoint l’organisation après son décès en 2023 pour poursuivre son œuvre.
La participation varie d’une année à l’autre, suivant la météo ou la présence d’autres évènements militants le même jour. Mais les organisateur·ices estiment qu’entre 70 et 120 personnes ont pris part aux dernières éditions. Ils constatent d’ailleurs une forte hausse depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza suite aux attaques du 7 octobre. « Depuis, on a à peu près une centaine de cyclistes par ‘’promenade’’, ce qui est un maximum, parce qu’au-delà, ça devient vraiment difficile à gérer. D’autre part, on a remarqué que d’autres initiatives de manifestations en vélo pour la Palestine sont apparues à Bruxelles, menées en général par des jeunes. » Une émulation jugée très positivement.
Le parcours d’une vingtaine de kilomètres est conçu pour être accessible au plus de monde possible : « On a toute une réflexion sur le trajet, on évite de se taper des énormes côtes car on sait qu’on va perdre des gens si on fait ça » précise Arno. La réflexion touche aussi aux territoires traversés : faut-il se limiter aux quartiers populaires plus susceptibles d’accueillir favorablement la caravane ou bien aller sur des zones plus bourgeoises, et à priori plus hostiles, pour tenter de convaincre ? La question n’est pas tranchée.
Le cortège traverse le plus souvent des communes populaires de Bruxelles comme Schaerbeek, Molenbeek, Saint-Josse, Anderlecht ou Saint-Gilles où, dans certaines rues, la parade est même acclamée par les gens aux fenêtres. « Mais on cherche aussi à aller aux endroits où on va être moins bien accueillis, pour rappeler qu’il y a dans ce pays des gens qui manifestent pacifiquement pour la cause palestinienne, que ça plaise ou non » indique Jean-Louis. Ainsi, la caravane a déjà fait des étapes à proximité de l’ambassade d’Israël, devant la Commission européenne pour dénoncer la complicité des dirigeants européens dans la colonisation et leur absence de réaction face au génocide. En 2014, c’était devant le siège de la RTBF pour protester contre la participation d’Israël à l’Eurovision. Ou encore devant le siège de la banque Dexia, en 2011 et 12, qui finançait à l’époque les colonies illégales en Cisjordanie via sa filiale israélienne.
Un accueil enthousiaste
Le passage du peloton suscite généralement de l’adhésion dans les quartiers traversés. « Quand on se promène en vélo, portant haut le drapeau palestinien, des voitures klaxonnent, des passants applaudissent. On observe beaucoup de manifestations de soutien de ce genre-là » rapporte Jean-Louis qui poursuit : « il y en a même qui essayent de nous arrêter pour dire que c’est très bien ce qu’on fait. D’autres s’informent pour savoir comment participer à l’édition suivante et on les voit effectivement arriver un an plus tard ».
Si elles sont minoritaires, certaines réactions hostiles sont parfois rencontrées en chemin. Mais les remarques haineuses à l’égard de ViaVelo se concentrent surtout dans des commentaires agressifs postés sur les réseaux sociaux à l’annonce de l’évènement. Des insultes et menaces que le collectif n’hésite d’ailleurs pas à repartager sur sa page Facebook afin de montrer d’où vient la violence et prouver qu’iels ne se laisseront pas intimider par elle.
Le parcours est ponctué d’étapes qui sont autant d’occasions de partager les positions du collectif avec les passant·es. « On organise des arrêts où on propose aux cyclistes d’aller rencontrer les citoyens des quartiers qu’on traverse, par exemple au marché de la place Flagey, de Molenbeek ou de Saint-Gilles. On tracte, on explique pourquoi on fait ça, on évoque la situation de la Palestine » explique Arno. L’échange n’est pas forcément très long, mais il est suffisant pour marquer le quartier du passage de la caravane. À chaque édition, un aspect de la colonisation est pointé sur le flyer distribué : « Dans le tract de cette année, l’accent est un peu plus mis sur Gaza et la condamnation du génocide en cours, mais la Cisjordanie, qui subit un harcèlement et un grignotage constant par Israël, n’est jamais absente de nos revendications et slogans » précise Cathy.
Ce moyen d’aborder les gens et l’échange qui en résulte est d’ailleurs une des grandes forces de ViaVelo. « Ça permet d’approcher des personnes avec qui on n’aurait pas forcément de contact lors de manifestations plus traditionnelles. » précise Arno. Les cyclistes militant·es notent qu’iels captent mieux l’attention des gens qu’aux abords de manifs réunissant des dizaines de milliers de personnes qui peuvent en rebuter certain·es. Même si la limite, c’est celle du temps puisqu’il faut quand même tenir le rythme du parcours : « on peut avoir une conversation d’une ou deux minutes mais pas plus parce que la caravane avance et qu’il ne faut pas non plus se laisser trop distancer… » indique Jean-Louis.
Si l’évènement est bien identifié dans les milieux militants, l’impact médiatique grand public reste à améliorer puisque les médias mainstream l’évoquent généralement peu. « On prévoit toujours un communiqué de presse, mais ça a peu d’échos. On va investir plus avant les réseaux sociaux à l’avenir. » indique Arno. « On aimerait qu’on parle davantage de ViaVelo Palestina, ne fût-ce que parce que, comme c’est original, ça peut sortir de la routine médiatique à propos de la Palestine et donc attirer l’attention du public sur ce sujet » regrette Jean-Louis.
Le vélo comme outil de lutte
ViaVelo est, comme le résume Cathy « une autre manière d’attirer l’attention sur la Palestine dans l’espace public. Un moyen qui renouvelle la curiosité des gens qui nous voient passer. ». Et de fait, la caravane à vélo est un outil militant qui peut mobiliser les cyclistes et vient compléter manifestations massives, rassemblements, sit-in ou autres actions médiatiques organisées en solidarité avec la Palestine. Et puis, abonde Arno, « c’est une autre forme de militance, une forme plus joyeuse, et aussi sportive, de se retrouver ». Cathy tempère : « Ce n’est pas une épreuve sportive non plus dans le sens où c’est accessible à tous y compris aux enfants. Selon moi ce qui fait surtout notre particularité, c’est que l’action n’est pas purement revendicative mais aussi très festive. » Un moment en effet où les participant·es sont heureux·ses de se retrouver ensemble autour d’une passion, le vélo, et d’une cause commune, la Palestine.
À un niveau concret, le fait de se déplacer à vélo, c’est aussi se permettre de couvrir des zones variées de la capitale sur une journée d’action et de créer l’évènement pour remettre la Palestine à l’agenda. On voit bien comment ce type de ballade militante pourrait se répliquer pour porter d’autres questions politiques avec autant d’efficacité et de bonne humeur.
Cette forme d’activisme cycliste et de mobilisation se développe d’ailleurs de plus en plus en Belgique. On peut évoquer entre autres la « Ride the tide », une randonnée militante en faveur des luttes climatiques qui depuis octobre 2021 suit, en 5 jours et sur 200 km, la ligne de marée prévue pour 2100 en Flandre, afin de sensibiliser la population à l’impact de la montée des eaux et à l’inaction climatique de l’État belge. Mais aussi les « rides » du collectif féministe « Les déchainé·es » qui « roulent sur le patriarcat » plusieurs fois par an à Bruxelles. Ou encore les cyclotours du « Peloton de la solidarité » initiés par la CNCD autour de la justice environnementale, fiscale et des droits humains. Notons aussi le succès pas démenti des Masse critique, kidical mass ou cyclonudista plus orientées sur la défense du vélo en ville lui-même et de la promotion du mode de vie plus respectueux de l’humain et de la nature qui va avec.
En mai 2025, pour la première fois, une édition de ViaVelo Palestina a été organisée à Mons par un comité ViaVelo local. L’idée fait donc tache d’huile. Malheureusement, cette année, la balade à vélo qui devait relier Cuesmes au centre de Mons a dû être annulée en raison du mauvais temps. Mais les militant·es cyclistes ont tout de même maintenu une rencontre prévue en fin de parcours avec des échevines montoises autour d’« Apartheid Free Zone » — une campagne qui vise à ce que les institutions publiques ou privées ne collaborent pas avec des acteurs de la colonisation et de l’oppression du peuple palestinien. Trois élues se sont ainsi engagées à mettre la question à l’agenda communal, preuve que ViaVelo peut aussi s’avérer un moyen de faire du plaidoyer politique.
L’action ViaVélo Palestina s’inscrit donc dans une double tradition, celle du militantisme cycliste belge et celle de la solidarité internationale avec la Palestine. En traversant les rues de Bruxelles, les participant·es de ViaVelo Palestina rappellent que la solidarité avec la Palestine peut aussi prendre des formes originales et festives. Et si le projet continue de grandir, c’est peut-être parce qu’il incarne une idée simple : la résistance peut aussi s’exprimer à coups de pédales.
Prochaine édition le samedi 6 juin 2026
Le départ se fera à 10h30 au Square de l'Aviation (Anderlecht)
RDV à 09h30 pour décorer vos vélos.
Pause de midi dans le Parc de Forest entre 12h30 et 14h00.
Arrivée Place de la Monnaie vers 17h00.


