Le temps des salauds

Hugues Jallon

Dans ce petit opus, l’écrivain et édi­teur Hugues Jal­lon défend l’idée que le fas­cisme ne sur­git pas bru­ta­le­ment, mais devient pos­sible pro­gres­si­ve­ment, grâce à la com­pli­ci­té d’acteurs ordi­naires du pou­voir et de la socié­té, et pas seule­ment du fait d’extrémistes. Il fait de l’axiome : « Le fas­cisme, ça com­mence avec les fous, ça se réa­lise grâce aux salauds et ça conti­nue à cause des cons » un plan d’analyse : les pre­miers en font un hori­zon dési­rable, ren­du fré­quen­table par les seconds et vali­dé dans les urnes par les troi­sièmes. C’est aux salauds aux­quels Jal­lon s’intéresse. Ceux-ci ne sont pas for­cé­ment fas­cistes, mais ils bana­lisent, accom­pagnent ou légi­ti­ment les idées d’extrême droite. Ces res­pon­sables poli­tiques, édi­to­ria­listes, intellectuel·les ou membres de l’élite éco­no­mique vont par leurs inter­ven­tions média­tiques et poli­tiques rendre le fas­cisme accep­table et cré­dible. Une nor­ma­li­sa­tion qui per­met à l’extrême droite de sor­tir des marges et de faire entrer dans le débat public ses idées, ses mots, ses thèmes de pré­di­lec­tion. La séquence élec­to­rale des muni­ci­pales fran­çaises illustre bien cette évo­lu­tion, notam­ment l’hystérie col­lec­tive orga­ni­sée et consciente autour de la mort d’un mili­tant néo­fas­ciste et néo­na­zi, Quen­tin Deranque. Le temps des salauds montre le moment où les bar­rières morales tombent et rap­pelle uti­le­ment que ce pro­ces­sus gra­duel dépend de com­pli­ci­tés sociales et poli­tiques, que les fas­cistes ne viennent pas seuls au pouvoir.

Olivier Starquit

Le temps des salauds - Comment le fascisme devient réel
Hugues Jallon
Divergences, 2025

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